Et alors

Eh bien voilà, cette aventure touche à sa fin. J’ai beaucoup aimé ça malgré la chaleur, mes interrogations sur la signification du voyage, les contraintes d’un groupe ou simplement sur les photos.
Je ne me souviens plus si je vous ai déjà infligé mes préoccupations sur l’idée même de prendre des photos. Le fait même que la photo n’est pas une réalité mais un instant tronqué, la virtualité d’un espace-temps déformé. D’une part, prendre une photo nécessite un dispositif artificiel, au moment où vous prenez la photo vous ne regardez plus ce que vous voulez fixer mais ce que vous imaginez qu’il faut photographier.
Quand je filmais les concerts de Mathilde à l’école, je ne profitais plus du concert, j’essayais de faire une version pour mes parents, donc le sujet n’était plus le concert, mais Mathilde au milieu d’inconnus. On ne l’entendait pas vraiment, elle était mise en scène dans une réalité déformée.
Ici, cela procède de la même déformation, je mets en scène une réalité que je veux partager, vous recevez des images qui correspondent à ma perception, mais surtout à ma censure.
Dans ces conditions, quelle est l’utilité de partager. Prendre une photo, deux, trois, dix, cent… quel que soit le nombre, cela ne sera jamais qu’une virtualité déphasée.
Et pour aller jusqu’au bout de la réflexion, non seulement je vous renvoie une image filtrée, mais je m’impose aussi un regard déformant. Et c’est ça la grande interrogation, est-ce qu’en prenant des photos je suis passé à côté d’une autre réalité?

Je vous rassure, ce n’est qu’une question purement philosophique qui ne me transperce que quelques heures par jour.
Ici, les chevaux ne sont pas bleus, les chiens ne croisent pas les pattes pour vous regarder passer, les bébés ne conduisent pas les bus, les fruits ne dégagent pas une odeur pestilentielle quand ils sont bons à manger (« turian »).

À table
Lumières d’Asie

2 thoughts on “Et alors

  1. C’est étonnant que tes réflexions rejoignent exactement les miennes à l’occasion du premier concert de batterie de Charlie pour lequel j’avais été tellement frustrée de ne pas l’avoir vécu, focalisée que j’étais sur un cadrage vidéo.

    Pour te donner ma porte de sortie à cette réflexion ou plutôt mon aboutissement actuel, j’ai fait deux constats :
    – les événements pour lesquels j’ai des photos n’habitent pas ma mémoire de la même manière (surtout que je crois que j’ai une mémoire visuelle) et sont plus faciles à « invoquer » pour moi si je les rattache à un visuel figé par une photo dans mes souvenirs, comme un marque page.
    – j’ai parfois aussi la bonne surprise de découvrir qqchose que je n’avais pas perçu dans le mouvement : l’éclat particulier dans le regard d’un de mes fils qui est presque trop fugace pour l’œil et qui ressort comme par magie dans une capture photographique affûtée à la microseconde. Alors ça vaut le coup de tenter une bonne surprise dans la mesure où ça ne fait pas manquer le reste à vivre. Comme dans tout dans cette vie, tout est question d’équilibre, n’est-ce pas ?

    Enfin, si tu te posais la question de l’intérêt d’avoir fait l’effort de partager ton voyage par ce biais même subjectif, moi j’ai envie de te remercier de m’avoir permis de voyager par procuration et d’avoir de tes nouvelles 😉. C’est peut-être une première réponse ?
    Bisous

    1. Je suis bien d’accord qu’il est parfois possible d’attraper un instant privilégié mais la question est la même si nous étions plus attentifs combien en verrions nous?
      Cela dit, j’avais quand même dans l’idée de vous faire voyager aussi avec moi par les images et j’espère avoir réussi à vous divertir avec l’ensemble.

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