Véhicules

Nous avons décidé de voyager dans le plus simple appareil. J’en vois déjà qui se gaussent, me croyant parti faire de la figuration dans un remake Bollywoodien du «  gendarme à Saint-Tropez ». Non, je parle du plus simple appareil roulant: une roue, une fourche et une selle.

Mais ici, la civilisation est basée sur le cyclomoteur. Il est élevé au rang de solution suprême. Il sert a tout et pour tout. Deux roues, un moteur et voilà de quoi satisfaire tous les caprices, toutes les envies et toutes les servitudes. On va à l’école, au travail, au temple, aux champs. On circule, on se promène , on s’assoit, on s’allonge, on dort et surtout on transporte. On transporte les enfants de tous âges, surtout bébés! Nous qui vivons dans un système hôte protégé où un enfant ne peut même pas s’assoir à l’avant d’une voiture, de les voir passer avec un petit entre les jambes, ou un nourrisson en bandoulière, nous tremblons de terreurs civilisées.

Bien sûr, ils trimballent des ballots de marchandises incongrues, mais surtout encombrantes.

Parfois, il faut trouver des solutions créatives et si le tube n’est pas trop long, on s’arrange très bien pour le porter sur l’épaule, tels des chevaliers allant à la joute au Xe siècle (avant Angkor? « Bizarre comme c’est bizarre»), mais plus la charge s’étoffe, plus le moteur s’étouffe et plus l’indigène sent venir à lui l’adoubement des valeurs de la chevalerie:

  • l’humilité devant la charge qui écrase monture et chauffeur
  • la bravoure pour s’élancer ainsi sur des chemins cahoteux ou au milieu de la circulation
  • la foi de penser qu’ils arriveront à destination
  • l’honneur de ne jamais descendre pour vérifier si ça va passer

Mais le véhicule par excellence de ces régions, c’est le « super buffle ». C’est la réincarnation moderniste de l’« anima », le souffle de vie de l’animal travailleur qui a fourni des siècles durant la traction nécessaire à la culture du riz. De son ancêtre, il a gardé les longues cornes et la puissance obscène, mais il a perdu la magie de l’accord.

De Shiva conduisant son taureau, le paysan est devenu piétaille surveillant un caparaçon.

Spéciale dédicace à mon ami René, l’amateur de Kubota
Routes
Sacre du voyage

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