Midi ocre

 Cela fait longtemps que je voulais les essayer, mais j’avais toujours eu la sourde crainte que ça ne réussisse pas comme je l’espérais. Je les imaginais dures et compactes, à la texture “pas cuites” et au goût sableux. Il faut dire qu’avec notre four qui chauffe quand il a le temps, nous ne pouvons pas vraiment nous fier aux indications. J’ai déjà essayé de vérifier la température avec un thermomètre à bonbons, qui résiste à des températures d’alandier, mais la pratique ne semble pas suivre la théorie. Donc j’avais des doutes sur la réussite de mes projets culinaires, mais je n’allais pas reculer au moindre écueil.

Pour faire variations à la tradition dominicale, toute récente, puisqu’elle ne datait que de quelques semaines, du filet de boeuf accompagné de rates du Touquet, j’avais décidé de faire des brochettes de poulet. Mais quel légume pourrait accompagner ce plat légèrement épicé? Je ne voulais pas réitéré les pommes de terre aussi fines et délicieuses soient-elles. Je pouvais remettre à la table du riz déjà présent la veille. Une plus sage solution eut été les légumes en poêlée bien relevée, mais cela n’aurait certainement pas été du goût de toutes.

J’ai toujours quelques patates douces que je cuisine habituellement sautées avec des carottes et des oignons, mais il faut donner un maximum de force à la Petite en période d’examen. Donc je me lance dans les frittes, mais comme vous devez maintenant vous en doutez, pas des frites tout venant, des frites de patates douces.

Vous allez voir, c’est très simple.

Tout d’abord, corvée de pluches. Ensuite comme nous ne sommes pas à Boulogne(réminiscences d’un lointain passé) et que la friteuse n’a pas droit de cité et par extension la coupeuse de frites non plus, il faut couper les frites à la main.

D’après mes recherches, la meilleure façon d’obtenir des frites croustillantes, c’est d’enduire les patates coupées d’une préparation de blanc d’oeuf, d’huile et d’aromates. Ensuite, je range soigneusement les frites sur une plaque de four pour les faites cuire une demie heure. Au bout d’un quart d’heure, je les retourne et je mets les brochettes au four. À la fin de la cuisson, quelques minutes de grill pour donner une belle couleur à la viande.

Le résultat est fameux: des frites moelleuses et croustillantes.

Mais, me direz-vous, par quel détour tortueux de mes entrelacs cervicaux, en sommes-nous arrivés à ce titre prometteur? Eh bien, c’est à cause d’un reste d’abricots…

J’avais trouvé quelques abricots appétissants et qui s’étaient révélés décevants. Donc en faisant la compote du dimanche, nous les avions, par crainte de les perdre, ajoutés aux pommes. La compote s’en était trouvée orangée de nature. Les brochettes marinées et les frites douces avaient ajouté leur touche au tableau.

La preuve en images

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>>> recette

 

Poulet mécanique

Normalement, on y met les doigts, les dents, la langue. On se goinfre, on s’en met par dessus les oreilles. De toute façon, l’arrachage mécanique est interdit chez nous, tout le monde le sait maintenant !

Quoi qu’il en soit, du bout des doigts ou avec des pincettes, les Filles, avec un grand F, ne sont plus intéressées par le grignotage, ou de museau, et encore !

Même la petite, du haut de tous ses centimètres, a perdu le goût de la dégustation Cro-Magnon. Est-ce par fainéantise que seuls les flancs ont encore leur heure de gloire ? Est-ce l’habitude de déguisement clownesque de la farandole des animaux, petit festin de chez Beurk Do, qui a fait perdre de l’attrait aux morceaux naturels ? Est-ce la sémantique nouvelle de viande blanche et pure comparée à la viande brune et entachée qui a diabolisé le réalisme ? Mais alors, pourquoi les “ailes” ont elles les faveurs de tous et toutes, mais plus les pattes ?

De mon temps, c’était le poisson dont on déguisait les formes pour en oublier le goût.

Alors les jours de poulet rôti, je découpe les beaux morceaux pour les disposer artistiquement dans une assiette et malgré l’allure crapaudine, le plat semble avoir leur aval. Je me cache dans la cuisine, loin des yeux civilisés et des instances vétérinaires, pour arracher mécaniquement, du bout d’un couteau pointu, les lambeaux restants pour les déguster in petto. Je finis par l’ultime friandise, la poupe du poulet, le morceau de choix, la parcelle dont elles ne veulent même pas entendre parler, par le croupion pour ne pas le nommer.

Sur la table, les blancs disparaissent immédiatement, parfois, par jour de grande faim, le bréchet s’évanouit, mais les autres bas ou hauts morceaux n’ont pas l’heur de plaire et finissent invariablement dans le réfrigérateur.

Alors cette fois, dans la série rien ne se perd, tout est bon dans le poulet, j’ai concocté un “frichti” dont Mamie aurait été fière.

Deux oignons qui, cachés sous le nouveau filet de leurs congénères, en avaient profité pour germer sérieusement, 5 cm au garrot au moins. Un vieux poivron vert que je destinais à la soupe de dimanche dernier. De la coriandre que j’avais oubliée au fond d’un sac en plastique opaque, mais qui reprit de belles couleurs vertes sous l’a douche glaciale. Un reste de quinoa que j’avais fait trop généreux. Et le fameux poulet cello-fanné.

Tout le reste c’est dans le tour de main: un peu de ci, un peu plus de ça, faire revenir jusqu’au brunissage, réserver, ajouter, couvrir et servir.

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Encore!

Comme dirait certains: “encore, du caviar!”

Au début, je me suis dit, on en a déjà mangé hier…

Puis je me suis dit : “les petits Chinois en mangent bien tous les jours…”

Et aussi les Indiens, pas les nôtres, eux ils mangent du lièvre, non ceux qui ont tout compris! Vous savez, ils se sont dit : “les lasagnes à la haridelle, les raviolis au canasson, le hachis parmentier à la rossinante, très peu pour nous.” La vache est la réincarnation dont on ne sait pas trop quoi, alors que nenni, laissons-la trainer dans le quartier et pas de viande, s’il-vous plaît.

Donc si tous les petits Biafrais s’en contenteraient, elles aussi, il faudra qu’elles s’en satisfassent, ce sera mon satisfecit!

Je sors 2 poitrines de poulet du congélateur, trois oignons, un poivron jaune et un poivron orange, de la coriandre et du curry. Je fais revenir mes oignons avec beaucoup de curry, cela donne une teinte très accentuée, mais pas trop de piquant. Ensuite, je fais revenir mes poivrons en fines lanières,seuls à poële très chaude pour bien les attendrir. Le poulet en cubes vient ensuite, toujours seul, avec sa propre dose de curry, pas trop pour ne pas activer les langues de vipère. C’est le moment de remettre tous les éléments ensemble et d’ajuster l’assaisonnement. Quand toutes les saveurs se sont combinées, c’est le moment d’ajouter le riz, de le laisser devenir transparent et d’enfin de couvrir d’eau. Évaporez l’eau à feu doux et c’est prêt.

On n’invite pas les Chinois. On n’invite pas les Indiens, d’ici ou d’ailleurs, ni les Biafrais, ni les Ottomans, ni les Turcs, ni les têtes, ni les vaches sacrées ou les chevaux réincarnés. C’est tout pour nous.

riz et poulet au curry

riz et poulet au curry

Carottes douces

Je n’ai pas eu trop de succès avec mes patates douces.

Enfin ici, elles aiment ça, et elles en réclament, mais là-bas, de l’autre côté du Channel, je n’ai pas eu de plagiaire. Pourtant j’ai même envoyé le raz-el-hanout mais la patate douce ne semble pas pousser sous les pieds du cheval picard.

Donc j’ai refait en simplifiant.

Voici les carottes douces!

Aujourd’hui repas santé, vous direz comme tous les autres jours, mais quand même il faut le souligner. Un steak grillé sans gras, des haricots bouillis sans gras, des carottes et des oignons sans mauvais gras. Un filet d’huile d’olive, on fait revenir quelques oignons coupés fins, on ajoute les tronçons de carottes, on saisit à deux mains, une cuillère à café de raz-el-hanout et une demie de cannelle, on couvre d’eau et on laisse absorber.

>>> recette

steak et carottes douces

steak et carottes douces

Dinde au long cours

Ce n’est pas que je ne veuille pas essayer de nouveaux ingrédients ou de nouvelles préparations, mais il y a de la résistance à la table. En matière de cuisine, j’aime que tout le monde soit heureux, en l’occurrence « heureuses ». La moindre grimace et mon plaisir est mitigé. À table, les indicateurs peuvent être extrêmement subtils, un peu trop de reste dans l’assiette, un peu de chipotage, une légère lenteur dans l’ingestion, l’eau pour faire passer et la recette a fait long feu. La sanction est impitoyable, la recette part au pilon, c’est l’autodafé! La recette au pilori et le cuisinier au supplice!

Alors, je m’adapte, je fignole, je parfais, je parachève, je cisèle! Je lave le riz plus longtemps pour qu’il ne colle pas. Comme il est « étuvé », cela ne change rien, mais j’ai l’impression que c’est mieux. Je minute les temps de cuisson, une seconde de moins sur les brocolis, une seconde de plus sur les pâtes « al dente ». Je m’autorise aussi quelques dérapages, une lampée de piment dans la soupe, un bon gros morceau de gingembre haché dans les tagliatelles, une banane dans la compote. L’autre jour, j’ai eu une pulsion de mangue dans la compote, mais j’ai dû résister de peur que cela ne fût trop visible!

Tout est bon, tout le monde se pourlèche, mais c’est « trad ». J’ai l’impression d’entendre le bourdon du biniou sur ma cuisine, une note de fond un peu nasillarde. La bombarde pousse un couac de temps en temps pour aciduler le contrechant, mais la vielle à roue ramène le train-train culinaire dans sa course sous le vent. Comme je ne suis pas homme à me laisser porter par le courant, j’ai décidé de virer de bord et de remonter en tirant des ris et des coups de canon! Non je ne vais pas naviguer au près, au largue, grand ou petit, je suis parti vent debout!

Tout d’abord, hors de ma vue, poulet trop facile, aujourd’hui ce sera de la dinde! Vous direz ce n’est pas une grande révolution, mais, quand même, c’est le ferment de la volte! Il ne sera pas dit que je j’ai tiré des bords de fillette! Ce n’est pas parce qu’il y a un grand débat sur le « mariage pour tous » que je vais faire dans la dentelle! Je déjauge, l’empannage menace, l’auloffée est à portée de misaine. Je suis encore à tribord amure et je louvoie. Après la dinde, les échalotes remplaceront avantageusement les habituels oignons, point de tabasco, mais des épices, des vraies: clous de girofle, graines de coriandre et même de la cannelle! J’ai oublié de l’ail aussi et de la coriandre fraîche. Un petit peu de bouillon de poulet et une cuisson à l’étouffée, genre tagine. Une bonne petite cuisson lente pour que la viande soit caramélisée, confite. Voilà, le ponant est à la proue, le vent me glisse sur les ailes, je suis debout, je suis vent debout, je file à grande allure!

>>> recette

Alors j’ai suivi la route des épices, j’ai laissé le Cap Horn à mon bâbord, la mer de Behring à mon tribord et parti de Bretagne sud, je suis de retour en Normandie. Pays de pomme et de cocagne où le calva coule à flot. J’avais des envies de laisser tartes et compotes loin derrière moi. Je voulais oublier le passé. Naviguer sur la mer d’oubli et voir se lever de nouveaux orbes de pommes aux allures modernes. Foin des moelleux. Fi des surprises. Me voilà en pays d’Auge, je vais sur les brisées de la d’Armont. Il est temps d’occire ceux qui soufflent sur les braises de la révolte que ce soit sous prétexte de pain au chocolat ou d’anciens massacres…
Vous avez beau dire, mais l’histoire se répète! Il y en a toujours pour mettre le feu aux poudres en glorifiant d’iniques flatulences de l’histoire. Marie-Anne-Charlotte de Corday d’Armont, tu es resté célèbre pour une baignoire, moi je le serai, peut-être, pour une charlotte.
Eh oui, une simple charlotte: des pommes en guise de crème, du pain brioché façon gâteau à la cuillère et Dulce de leche comme liant.

Le bateau ivre est arrivé à quai.
À table.

>>> recette

 

Coup de feu!

Il y a eu un meurtre à la cuisine. Le cadavre est étendu de tout son long en travers du plan de travail. Ça a giclé partout. Des éclaboussures sur les murs. Des tâches jusqu’au plafond ! C’est la pétaudière, cette cuisinette. C’est le fouillis. C’est l’anarchie !

Et vous voilà, badauds ! Je vous vois derrière vos écrans, tendant le cou, tentant le coup, essayant de mieux voir ce qu’il se passe. Essayant d’apercevoir le corps sans tête, le cou ensanglanté, les mains crochues, les impacts de balles, les brûlures du « bout portant ».

Avant on disait « à bout portant » et d’un seul coup, sans prévenir, tout le monde s’est mis à dire « à bout touchant ». Pourtant, on comprenait bien ce que cela voulait dire, “à bout portant”. Cela voulait dire, que l’assassin était tout près! Il s’était approché! Il n’avait pas eu peur de la victime. Cela pouvait sous-entendre que le méchant voulait que sa victime le voit ou qu’il y avait eu bagarre. Sous quel engouement télévisuel, a-t-on changé de locution ? Un de ces feuilletons, une de ces séries américaines traduites à l’emporte-pièce nous aurait-elle déteint sur la phraséologie ? Non, c’est tout simplement que, maintenant, on rentre dans le détail. Ces séries sont basées sur l’absolue vérité des preuves: l’ADN extrait de la squame dénichée dans la couture du revers du noeud papillon. L’image du bout portant n’est plus assez agressive. Il faut que vous compreniez que le ruffian a enfoncé brutalement son colt dans la chair avant de presser la détente. Oui, c’est bien de la détente dont je parle et non de la gâchette. Le gredin a voulu faire mal, en plus de vouloir occire. Le public veut des détails. Le public-roi veut du sanguinolent. Et que je vous montre des autopsies, des organes, des cicatrices, des crânes ouverts. Et pourtant, le son de la fraise du dentiste que tout le monde cherchait à oblitérer de sa mémoire n’est rien, comparé au bruit de la miniscie circulaire tronçonnant les pariétaux. Et on s’aventure, toujours un peu plus, dans le scabreux ! Je me souviens lorsque le film « Les rivières pourpres » est sorti et que la nouveauté était la reproduction du cadavre que le générique survolait en macrophotographie. Les poils en gros plan, la morsure des liens dans la peau en haute définition, les purulences aux flots aussi tempétueux que les chutes du Niagara, l’horreur sublimée, le raffinement de la cruauté. Et moi, qui ne peux pas regarder les cinq premières minutes de « l’homme qui parlait à l’oreille des chevaux » parce que l’accident de cheval est trop explicite, plus exactement ce qui arrive au cheval est par trop évident ! Eh bien, douze ans plus tard, cela est aussi fade qu’un dessin animé de « Félix, le chat » pour un enfant de 18 mois ! Les Télétubies sont plus trash que « Les rivières pourpres ».

Eh bien non !

Il n’est pas question que je tombe dans ces dérives indécentes pour attirer du public, pour m’attirer VOS faveurs !

Il n’y a pas de cadavre. Il n’y a pas de sang. Il n’y a pas de détails  obscènes…

C’est le coup de feu de midi dans la cuisine familiale. Pas de rectangle blanc. Pas de voile pudique. Toutes les casseroles sont honnêtes.

Mais il y a quand même encombrement sur la cuisinière: la confiture en devenir, la compote de pommes, les haricots frais en train de cuire, la soupe de légumes et les patates douces aux oignons.

La Grande doit travailler huit d’heures d’affilée en environnement hostile, la salle de nouvelles du Devoir ! Il lui faut des sucres lents pour tenir le coup. Il lui faut de l’énergie à long terme. Steak-haricots c’est bien, mais ce n’est pas suffisant alors je lui ai préparé une petite nouveauté. Rien de bien compliqué, des oignons, des patates douces et quelques épices.

En plus, il faut préparer le voyage au Pérou et s’habituer aux saveurs des Incas.

À table !

>>>> recette

Dinde au marron

Eh bien non je n’ai pas fait de faute, vous en déplaise!

Moi j’ai décidé que le marron serait la couleur et pas le fruit.

Je vais commencer une petite série: «Popotte à la roulotte» et ce sera ma première recette.

Tout d’abord les ustensiles: une roulotte, bien sûr, une poêle, une casserole, une fourchette et un couteau.

Ensuite les ingrédients: une poitrine de dinde, des brocolis, du beurre ( une noisette! ), de la sauce soya et, je vous laisse deviner, du tabasco!

Enfin les intentions: aujourd’hui c’est “fire”, moitié viande maigre, moitié légumes.

C’est le nouveau régime, en trois étapes:

  • fire (feu) pour tous les jours
  • fuel (carburant) pour les jours où je m’entraîne
  • free (libre) pour les jours où j’ai envie d’autre chose, une fois par semaine et même moins.

La vérité c’est que j’essaie de faire de la cuisine élaborée avec le minimum de tout, mais beaucoup d’intensité. De la cuisine intense en quelque sorte.

Hier, je regardais un pêcheur, il pêchait mollement. Sur la route, il y avait deux petits Français à vélo, reconnaissables au drapeau qu’ils arboraient fièrement, ils pédalaient mou! Bon, il pleuvait un peu, une petite bruine de Bretagne, bienvenue après plusieurs jours de canicule, mais quand même, ils moulinaient lâche. En ville, c’est pareil. Ils sont sur la piste cyclable et va que je te pousse. Moi mon cri de guerre, c’est “Pedal damn it” (pédale bon dieu). Ce n’est pas de moi, c’est le slogan d’une marque de vélo, mais j’aime bien. Au gym aussi, ils sont là en roue libre. C’est sûr, ils ne vont pas aller bien loin sur leur vélo stationnaire, mais quand même. Allez-y. Pédalez. Arrêter de lire votre foutu journal. Autant prendre le bus dans ce cas là. Vous vous ferez brasser la carcasse tout autant et ce sera plus confortable.

Eh bien pour la cuisine, c’est pareil. Moi ce que je cherche c’est le goût. Même le goût des brocolis nature juste blanchis, ça me va. Avec une pointe de tabasco c’est mieux. Mais le truc c’est ça: une cuisine qui a du goût. Une cuisine qui croque.

Avec le poulet c’est mieux, mais la dinde était en spécial! Donc c’est très simple:

coupez le poulet en gros cubes,

mettez une noisette de beurre (n’oubliez pas c’est fire aujourd’hui) dans la poêle,

à feu vif,faitess dorer le poulet sur une face,

avant de le retourner arroser allègrement de Tabasco

retourner le poulet

avant qu’il ne soit complètement doré, ajouter une bonne cuillère à soupe de sauce soya

baissez le feu et laissez griller

C’est tout noir, mais ce n’est pas cajun. La sauce soya va faire une mince croûte autour du poulet qui va être fondant au milieu. Un pur régal.

Pendant ce temps-là, vous avez fait chauffer l’eau, mis les brocolis dedans et tout est prêt en même temps.

À table

dinde et brocolis , assiette vide

Aujourd'hui, je n’ai pas eu le temps de prendre la photo, j'avais trop faim!

 

Poulet St-Georges

Je n’ai pas vaincu le dragon, mais je l’ai combattu.

J’ai fait appel à mon meilleur sens de la casuistique pour savoir si le bénéfice excuserait la faute.

J’ai pesé le pour et le contre. J’ai humé le goût du poulet et celui des épices. J’ai mesuré, à vue de nez, l’impact des tomates. J’ai grassement arrosé de ma plus grosse bouteille de Tabasco. Pour cacher un peu mieux encore, j’ai coloré au curry. J’ai multiplié les ingrédients pour que leur nombre surpasse l’intrus. Curry et tabasco ne me semblant pas encore assez, j’ai coupé, en fines languettes, un beau bulbe de gingembre frais. Quelle odeur ! Quel fumet ! Quelle exhalaison ! Il n’y a pas de doute, cette fois, elle ne s’en apercevra pas !

Je me suis demandé si je ne devrais pas couper tous les légumes au vide-pomme pour que la forme cylindrique soit la norme. Pourquoi ne pas façonner le poulet au fer à friser ? Le poulet caniche, une nouvelle race de volaille frisée ! C’était en accompagnement de quelques spaghettis complets. « Damn it ! », comme disent les voisins, la couleur ne va pas du tout. Je ne vais quand même pas faire des spaghettis blancs pour parfaire le camouflage. Voilà, je viens de trouver l’idée ! Je vais m’habiller en blanc ! Je vais me déguiser en chef. Pas en chef style Géronimo, non en maître queux. La toque blanche fera un bon alibi aux cylindres blancs.

Vous m’avez compris ! Vous êtes des lecteurs attentifs et perspicaces ! Vous m’avez calculé, comme on dit maintenant. Eh bien oui, j’essaie de lui faire passer des coeurs de palmier. Moi, j’adore ça, en salade, en légume, chaud, froid, en vinaigrette, en soupe, à la croque au sel ou à la fourchette, j’aime ça. Et, vous l’avez deviné, elle, la grande, abhorre les arécoïdées, calamoïdées, céroxyloïdées, coryphoïdées, nypoïdées, phytéléphantoïdées de tout acabit. Pour elle, les palmiers, c’est pour la plage, le soleil, la mer, les éventails et les doigts de pieds. Pour elle, que les palmiers restent chez eux et les bananes seront bien gardées.

Donc, j’essaie depuis longtemps de trouver une idée pour les faire passer et, de peur de me faire battre, jusqu’à maintenant j’avais repoussé l’échéance. Mais ce matin, je me suis dit, in petto : « fait de toi un homme, mon grand ». Comme vous l’avez vu, le chemin fut tortueux, mais j’ai osé.

Résultat: « C’est quoi ‘ÇA’? Des coeurs de palmier? Je te les donne, tu aimes ‘ÇA’ plus que moi. »

Pas le temps de réagir. Pas le temps de placer un mot. Pas le temps d’expliquer que cela donner une douceur nouvelle au poulet. Ni de dire comme cela s’harmonise parfaitement avec le goût acidulé du gingembre. Tant pis pour moi. Tant mieux pour moi, je les ai tous mangés !

À table !

>>>>> recette

Vous le voyez, le coeur de palmier, il est tout caché!

Porc, gingembre et pâtes

Les pâtes telles qu’elles doivent être!

Fluides , aériennes, transparentes, délicates.

Oui, cette fois, c’est du sûr, recette simple et rapide : semoule de blé, 2 œufs, de l’huile et le coup de main.

Il faut dire que j’ai monté d’un cran dans la hiérarchie des cuisiniers, j’ai maintenant un « cul de poule » flambette et une cuillère en bois de compétition, made in France s’il vous plaît.

Donc on verse tout dans le cul de poule, on mélange, cela n’a pas l’air de prendre. Mais cette fois-ci, je ne me laisse pas prendre, je continue hardiment. J’ai préparé de l’eau dans un verre gradué pour pouvoir connaître la quantité exacte que je devrais ajouter. Mais non, j’y mets les mains et je finis avec une belle boule de pâte.

on voit bien que la cuillère est de bonne souche

Je pétris vigoureusement encore cinq bonnes minutes.

Je laisse reposer une demi-heure à l’air libre.

Je coupe l’équivalent d’un œuf et j’abaisse au rouleau à pâtisserie. Lorsque j’ai atteint une épaisseur de 2-3 mm, je passe à la machine. Miracle, la pâte se lisse parfaitement. Elle ne colle pas du tout sur le métal et s’amincit jusqu’à un  «whooping » numéro 7. J’aime bien cette expression anglaise qui image très bien les petits et grands cris de plaisir qui accompagnent l’action.

Ensuite, changement d’orientation et directement dans le laminoir à tagliatelles. Vous avez vu le résultat? C’est beau!

Je vous remets une petite photo parce que la grande trouve que je deviens trop verbeux…

Avec ça, filet de porc avec oignons et gingembre râpé.

À table!

>>>>> recette

Plastique de l’acier

J’avais, de temps à autre, puis plus régulièrement, une fois par semaine, deux fois par semaine, mais jamais beaucoup plus, j’avais, dis-je, attaqué le monceau par les flancs.

Je m’étais, rejetant toute armure, jeté, mains nues et écumant de mousse, dans la bataille, jeté sur le tas dégoulinant, l’amoncellement à l’assiette précaire, à l’équilibre instable.

À la manière des cascadeurs de « Fear Factor »1, je devais être prêt aux pires avanies. Je devais mettre ma vie en péril, évoluer sur un bidon lancé à vive allure, sautant de droite et de gauche pour éviter que l’un ou l’autre ne tombât. Toucher ou barboter dans des substances oiseuses. Dominer les haut-le-cœur. Surmonter la fatigue.

Nul n’était besoin de carottes pour étudier les strates.

Chaque libation avait laissé son écot à la sédimentation.

Chaque ordinaire avait marqué son cycle.

La bataille de l’Atlantique, la bataille d’Angleterre, Mers-el-Kebir, Barbarossa, Pearl Harbor, Tobrouk, rien n’aurait pu préparer une génération tout entière à la bataille à venir!

Deux bacs pour deux fois plus d’ampleur.

Un fini miroir, au temps de sa splendeur.

Un évier en acier d’une plastique irréprochable

Prédestiné, à jamais, à la salissure coupable.

Tel est le champ de cet ultime combat.

La séparation théâtrale du lieu ne permettant l’eau chaude sur les légumes du côté jardin, pour la réserver au côté cour et sa métallique cohorte, on finissait toujours par trouver force casseroles emplies d’eau glacée du mauvais côté.

Mon pire ennemi en ses lieux : le couteau de tartinade! La grande ayant décrété que de lécher un couteau était dangereux, puis la petite ayant décidé que le Nutella était trop parfaitement accordé à l’instrument, ni l’une ni l’autre ne prenaient le soin de limiter les pertes chocolatesques.

Et donc, avant d’entamer les grandes conquêtes, il fallait commencer par réparer des ans l’irréparable outrage, nettoyer la cour, à court d’instruments, préparer le jardin pour accueillir la verdure nouvelle.

Mais le facteur Effroi (« Fear Factor ») est terminé, remplacé par le Facteur Cheval, chaque petit galet a maintenant sa place. Ce sont les nouvelles aventures de Monsieur Propre qui ont remplacé la série « trash » et, mieux encore, aujourd’hui même, de nouveaux amis de l’armoire magique ont fait leur apparition pour égailler de leur couleur printanière les réjouissances à venir.

Ceci est une fiction, toute ressemblance avec des faits ou des personnes existantes ou ayant existé serait tout à fait fortuite et hors de notre contrôle.

Pendant cet intermède, les légumes farcis ont cuit et il est temps de passer…

À table!

1) « Fear Factor » est une émission américaine de télévision où des cascadeurs amateurs se mesurent à des épreuves aussi stupides que dangereuses : effectivement, courir sur des camions en marche et manger des denrées périmées ou des insectes vivants.

Hachis Parmentier

Elle a dit: “tu aurais pu mettre du Tabasco…”

Que dois-je comprendre ? Ma cuisine serait-elle devenu fade ? Douceureuse ? Insipide ? Pire encore anodine!

Je dois l’avouer, j’aime le Tabasco! Encore plus depuis que nous avons visité l’usine de fabrication et que nous en avions ramené un format Géant, avec un G majuscule parce qu’à l’époque une bouteille de Tabasco de 300 ml, c’était l’apothéose, l’aboutissement, le Saint-Graal enfin retrouvé! Vous imaginez passer de la bouteille de 6 cl à la bouteille de 354 cl! D’un coup! Vous imaginez la première, vous la tenez entre deux doigts, le petit doigt levé. Non pas que vous êtes chochottes, mais de peur que le pauvre petit soit irradié par la puissance du contenu! L’autre, vous la tenez d’une main virile, à pleine poignée. Non vous n’en mettez plus une ou deux gouttes du bout des lèvres du goulot, mais vous l’utilisez comme la récalcitrante bouteille de Ketchup, à grandes embardées hauturières. Et quand vous en avez une telle quantité, vous pouvez vous permettre d’en assaisonner la moindre recette. Ah, époque bénie, où mon palais boucané supportait sans broncher les assauts des principes actifs de la capsaïcine. Richter, son échelle logarithmique et ses 12 pauvres petits degrés, ne pouvait se mesurer à Scoville! Le tremblement de palais commence à 2000, le Tabasco vous propulse à 5000! Un vrai Charlot face à Wilbur(*)!

Moi ce que je voulais, c’était retrouver le hachis parmentier de mon enfance… Simple et bon. Avec les traits de fourchette sur le dessus. De la purée en dessous, de la viande au milieu et de la purée en dessous.

Je voulais en finir avec cette pauvre version américanisée malgré son nom de « pâté chinois ». Là, pour le coup, et pour le goût, c’est melliflu en diable. Le goût douceâtre du lit inférieur de maïs édulcoré, la viande rougeâtre au centre et la purée trop liquide du cache-misère. Comment en sont-ils arrivés là ? La dérive des continents certainement.

Bon allez, c’est vrai, ça manquait de sel, mais je me suis rattrapé le soir même…

À table.

On les voit bien les quadrillage à la fourchette

Juste pour faire plaisir à MAM, un peu de roquette hivernale en gros plan

 

(*) Richter se prénommait Charles alors que Scoville portait lui le prénom de Wilbur.