Soupe jaune

Après le petit livre rouge, voici la soupe jaune.

Je suis devenu le spécialiste de la soupe aux légumes, à la courge, aux poireaux, n’en déplaise à la Reine Mère, à la coriandre, au crabe, à la patate douce, aux haricots beurre et à tous les légumes qui restent dans mon frigo.

Il faudra que je vous donne mes recettes, mais, aujourd’hui, j’avais envie de quelque chose d’autre. J’avais envie d”une soupe consistante et goûtue. Les légumes, c’est bon, mais même avec du tabasco, de la coriandre, du sel, de la courge poivrée, ça reste un peu trop printanier. Donc je me lance… Je fais revenir des oignons dans une larmichette d’huile d’olive et pris d’une inspiration subite, j’ajoute une bonne dose de curry. Du bon curry bien fort, bien jaune, d’où le nom. Vous savez, ce curry dont il suffit d’ouvrir la boîte pour se retrouver dans un HLM de la banlieue nord, où les odeurs de Madras se mêlent, sans peur, à celle de Casablanca.

C’est beau, ça sent bon et c’est le moment d’ajouter une tasse, au sens propre, de crevettes de Matane. Je laisse revenir pour que les crevettes prennent la saveur et j’ajoute la coriandre hachée pour une touche de vert. J’ajoute l’eau chaude que j’ai fait chauffer en parallèle. Je ne sais pas si ça change vraiment quelque chose, mais j’ai toujours l’impression que de mettre de l’eau froide ne va pas donner le même résultat. Quand l’eau reprend son ébullition, j’ajoute des pâtes de riz.

Pas de sel, pas de bouillon préparé dont on ne sait pas trop combien il en contient, du sel. Que des bonnes choses et un goût différent.

Tout le monde a aimé, désormais, c’est à la carte du restaurant.

soupe au curry

 

Même les oursins ont le mors aux dents

Je connaissais les hippocampes, mais les oursins-cheval ne faisaient pas partie de mon bestiaire ni, certainement, de l’arche de Noé!

Comme dans un film de Schlöndorff, quelqu’avide pêcheur a dû leur donner des chevaux entiers à manger pour en faire des tambours, que dis-je des timbales! Pas des petites timbales de baptême, de la timbale d’orchestre symphonique en bois de baobab et cuir de mammouth! D’ailleurs, leurs piquants y ressemblent, comme deux hallebardes, aux défenses des dits mammouths!

De ma vie, je n’avais jamais vu de tels monstres!

Quand je suis entré dans le restaurant où j’avais été convié à déguster des oursins, je m’attendais à trouver de petites choses délicates, de l’oursin de courtoisie, de la pelote d’épingles distinguée et mon regard est resté accroché sur l’assiette, taille cheminée, d’un gentleman dégustant, sur le coin du bar, un monstrueux nid de cigogne alsacienne. À quoi dois-je d’avoir, malgré l’éléphantisme, reconnu l’animal? À sa forme, son pelage ou ses yeux bleus?  De toute façon, je dois l’avouer, j’ai aussitôt senti monter un petit émoi jaloux en me disant qu’il avait bien de la chance d’avoir le privilège d’attaquer un tel morceau. J’avais jaugé le gastronome comme étant un ami du célèbre restaurateur, et c’était certainement à ces deux qualités qu’il devait la grande chance de savourer ce mets de roi. Mes neurones embrasés en un instant s’étaient aussitôt calmés dans l’attente de l’influx papillaire que serait, de toute façon, le bonheur de jouir de la saveur délicate d’oursins raisonnables.

C’est donc, certes, avec surprise, mais , aussi, émerveillement, que je vis arriver le plat de fruits de mer sur lequel trônaient, altiers, les deux plus gros oursins que, de ma vie, j’avais vus de si près.

Nul besoin de sauce, citron, vinaigre ou échalotes, une tranche de pumpernickel chaude et le paradis était à portée de fourchette.

Un verre de St-Estèphe, un admirable tartare, quelques frites et une île flottante.

C’est à la grande mansuétude de Christiane que nous devons ce festin grandiose, sans commune mesure d’un tout petit service technique. Merci. Merci.

 

plateau de fruits de mer avec oursins géants

plateau de fruits de mer avec oursins géants

 

Une fois n’est pas coutume, je cite le restaurant

Chez L'Évêque

Chez L’Évêque

Chez L’Évêque,

1030, Avenue Laurier Ouest,
Outremont (Québec)
H2V 2K8

 

 

 

 

Papillotes admirables

Aujourd’hui, j’avais envie de poisson, mes chromosomes boulonnais toujours sur le qui-vive? À moins que ce ne soit les gènes de pêcheur? Ou tout simplement parce qu’ils ne restent que des andouillettes dans le frigo parce que je n’avais pas acheté trop de viande pour pouvoir manger du poisson…

La motion «poisson» téléphoniquement acceptée, je m’arrête donc au rayon de la mer. J’aurais bien pris autre chose que des filets de sole, mais après l’article que j’ai lu sur les “erreurs” d’étiquetage dans les poissonneries ou d’espèces dans les restaurants, je prends quelque chose que je peux facilement reconnaître.

Pour ne pas vous laisser sur votre faim de savoir et de poisson, l’étude a porté sur 675 établissements, heureusement en Amérique du Nord parce qu’avec les fraudes alimentaires découvertes en Europe, cela pourrait être pire. Donc en analysant les poissons dans des poissonneries et des restaurants, il s’est avéré que 40 % des espèces étaient mal étiquetées. Il est vrai qu’en filets, il est plus difficile de différencier un poisson blanc d’un autre poisson blanc que de distinguer du cheval et du boeuf, même en hachis. Les erreurs allaient de l’espèce protégée qu’on revend sous le nom d’une espèce qui ne l’est pas (flétan de l’atlantique vendu pour du flétan du pacifique) à la magouille pure et simple : le thon mal étiqueté dans 59% des cas dont de l’escolar, pas toujours digeste, vendu pour du thon blanc.

Oublions un instant le cheval de Troie des poissonniers pour en revenir à notre repas.

Au passage, je scrute les crevettes, au cas où un arrivage local pourrait me satisfaire mais c’est du  homard cuit en “spécial” (la “promotion” version québécoise) qui saute dans mon panier.

Je choisis de faire des papillotes à la coriandre. D’habitude, je mets de la moutarde, mais cette fois c’est la coriandre qui rehaussera le goût.

Bon, vous me direz, qu’y a-t-il d’admirable dans ces papillotes si ce n’est le homard en promotion? Ce ne sont pas les papillotes, mais le cuisinier qu’il faut admirer! Hier pendant que je faisais mes exercices, une dame est venue me voir et m’a annoncé de but en blanc qu’elle m’admirait! Un peu estomaqué, j’ai attendu la suite… Elle voulait me féliciter de la qualité d’exécution des “fentes” que j’avais faites un peu plus tôt, selon ses dires, en équilibre parfait, chose qu’elle n’arrive pas à faire. C’est une dame que nous voyons régulièrement une ou deux fois par semaine mais à qui je n’avais jamais eu l’occasion de parler. Je l’ai remerciée  😀

Cet exercice consiste à faire un très grand pas, de toucher légèrement le sol du genou arrière et de se relever uniquement à la force des quadriceps (muscles de la cuisse) de la jambe avant, le tout avec les mains dans le dos pour bien rester le torse vertical. Ça n’a pas l’air compliqué, comme ça, mais à coup de 30 sans arrêter, pour un total de 150, il faut en manger du poisson!

Le problème, c’est que la Grande ne veut plus que je fasse du sport de peur des admiratrices!

Papillotes de sole au homard

Papillotes de sole au homard

Tarte de la St-Valentin

Nous ne fêtons pas la St-Valentin mais il faut quand même manger.

C’est aussi le jour du sport mais cette fois-ci j’y vais avec elle alors il faut que tout soit prêt d’avance.

Alors j’ai fait une petite soupe crabe et asperges, il parait que c’est la seule façon de lui faire manger des asperges! J’ai trouvé un grand sac de pattes de crabe d’Alaska et j’avais déjà fait quelques expériences. La première fois, je l’avais fait un peu trop salée, la deuxième fois, un peu trop épaisse. Cette fois, elle est juste bien comme il faut. En dessert, une petite tarte aux pommes sur la nouvelle pâte minimaliste au blé entier. J’ai dessiné un coeur en tranches de pomme pour faire plus St-Valentin.

>>> recette : soupe crabe et asperges

Soupe au crabe et asperges

Soupe au crabe et asperges

>>> recette : tarte aux pommes

Tarte aux pommes de la St-Valentin

Tarte aux pommes de la St-Valentin

 

La chatte, les harengs et les spaghettis

C’est bien joli d’être un super pêcheur comme moi, mais ,même si on adore le poisson, quand le filet est rempli, ça déborde. Et des poissons de plus de 2 kg ça fait de la viande de poisson! Alors j’ai tout essayé, le grignotage, les amuses-bouches, les sandwichs, les pans-bagnats, les dagoberts belges à la mode des cousins des cousins, la salade composée et la salade décomposée ( la salade d’un côté, le poisson de l’autre ), les concombres au poisson fumé, délicat, les tomates farcies au poisson fumé, mais tout ça c’est du froid. L’autre soir, en regardant mon petit paquet de tomates séchées, j’ai eu une envie subite de quiche à la truite fumée. Mais, ça n’a pas duré, j’ai une réticence… Je ne sais pas pourquoi, mais les tartes au poisson cela ne m’inspire pas. Les pizzas aux fruits de mer, cela ne m’a jamais attiré. Les moules, les filets de truite, le saumon au four, le saumon au barbecue, le saumon en tartare, le saumon en papillote, les papillotes de poissons, tout ça je dévore. Le taramo salata, les oeufs de poisson à la grecque,  les bébés pieuvres en salade, même les harengs marinés, les harengs saurs, les bouffis, les gendarmes, les saurets ou sorets, tout ça j’aime ça.

Les harengs saurs! Une petite réminiscence du bon vieux temps, je me souviens quand mon oncle passait avec son camion. On ne se téléphonait pas à tout bout de champ dans ce temps-là et, un soir, on entendait le camion qui se stationnait en bas de l’immeuble et on savait que c’était lui parce que le bruit était insistant. Le camion s’arrêtait, mais pas son moteur. Un gros camion de mareyeur avec le compresseur pour maintenir la cargaison au frais, ça faisait pas mal de bruit dans la rue Vion. Les trains, nous avions l’habitude, la gare de triage à portée de porte-voix, mais un gros camion juste en bas c’était sûr que c’était Robert. Il montait, précédé de l’odeur de poisson imprégné dans ses vêtements, mais aussi dans le bois, la corde, la glace de la caisse pleine de poisson qu’il apportait. J’ai le souvenir précis de sa veste en mouton retourné, de ses joues mal rasées quand il m’embrassait, de son ton joyeux, toujours gentil. Je ne sais pas pourquoi l’autre souvenir, c’est Maman qui faisait des harengs marinés. Je n’aimais pas trop les harengs marinés, j’avais l’impression que c’était fourré aux arêtes, comme les anchois, une pelote d’arêtes avec un peu de sciure de mouche. Je revois le grand plat de harengs avec des oignons coupés en tranches. Mais j’associe ces mêmes harengs à une autre réminiscence très disparate. Je me souviens qu’on avait une chatte qui avait mis bas. C’était à Douai, les harengs en haut de l’escalier du garage, la chatte qui faisait des petits. Je me demande bien ce qu’on pouvait faire avec une chatte ? Je ne me souviens de rien d’autre à propos de cette chatte, ce qu’il s’était passé avant et pourquoi nous l’avions recueillie, ni ce qu’il s’est passé après. J’ai l’impression que c’est Papa qui l’avait ramenée.

C’était au printemps 68. Pas trop difficile à retenir cette date-là.

Mais donc le poisson, j’aime ça. Moi je mangerai bien plus souvent des sardines, des maquereaux, des éperlans, grillés. Je mangerai aussi de l’espadon, autre réminiscence d’une journée de pêche mémorable, de la raie au beurre noir, il paraît qu’on a plus le droit, même si on a encore le droit de respirer les exhalaisons des pots d’échappement. Heureusement, je peux manger des bulots, les crevettes, des homards, des huîtres, même si elles ne sont jamais aussi bonnes que celles de chez nous. Ici ce sont des grosses huîtres sans goût. Ils doivent les laver avant de les servir. Elles sont grasses, mais sans sel. C’est pour le régime! Ce sont des huîtres “diet”, “lite”, sans édulcorant, élevées dans la cuve où il fabrique le pseudo-fromage. Il devrait y mettre leurs enfants dans cette cuve là. Leurs enfants ils sont mal élevés alors cela ne pourrait qu’être mieux! Hier, il y en avait un sur la pelouse en face, je pense qu’il a soufflé dans un mirliton sans discontinuer pendant au moins 45 minutes! Moi, vous me connaissez j’ai mis le Stabat Mater de mon ami Vivaldi, chanté par Philippe Jarousski, j’étais sur la croix et ma mère me plaignait. Petit bonheur en passant… Mais quand même, leurs enfants, ils en font un fromage et ils feraient mieux de les faire mous et sans saveur.

Attendez-moi, je me remets le Vivaldi, ça me stimule.

Donc oui, la tarte à la truite fumée, je ne suis pas sûr. Alors, parce qu’il faut quand même lui trouver d’autres apprêts, j’ai décidé de me faire des spaghettis truite fumée. Un petit peu de crème, un petit peu de sel, beaucoup de truite, beaucoup de tabasco, pas mal de poivre et une tirade de sauce soja. Oui, je le sentais bien. D’abord, tout ça, même avec le demi-litre de tabasco, ça restait très blanc et sur les spaghettis bruns ça me semblait fade à l’oeil. J’avais l’impression que ces spag-là allaient me faire comme une botte de foin avec un peu de farine d’épeautre. Vous savez le truc pâteux, avec un accent très circonflexe, très gras, très étouffe-chrétien. Je ne me suis pas lancé du premier coup, genre : “allez, j’y vais et si ce n’est pas bon je jette”. Je n’ai pas été appris comme ça! Non, j’y suis allé mollo, un petit peu dans une cuillère pour tester. Eh bien, c’était pas mal. Ça arrondit le goût. Ça lui donne de l’ampleur. Ça rehausse le fumet. Bon pour la couleur c’est toujours botte de foin et son de sarrasin, mais avec un trait de tabasco pour la présentation, ça fera bien assez éclair de génie sur fond de réminiscences.

À table.

Spaghetti complets à la truite fumée

Spaghetti complets à la truite fumée

La taille et la gamelle

Popote à la roulotte, c’est bien joli, mais là je ne sais pas quoi faire. Ça déborde, J’ai beau essayer dans tous les sens il n’y a rien à faire, ça ne tient pas. Je ne suis pas sûr que ce soit de la faute à la roulotte… Quoique j’ai vu une belle Airstream d’au moins 120 pieds, rutilante des pieds à la tête ou plutôt des roues à la climatisation, qui passait par là et, franchement, elle avait de la gueule. Il paraît que les Japonais en sont friands! Moi je crois que c’est parce qu’ils rêvent d’être Jonas dans un poisson-lune et comme le poisson, c’est leur raison de vivre, ça doit les faire rêver. En tout cas moi la belle grande roulotte toute neuve je suis preneur. Mais non, je l’aime ma vieille petite roulotte de 79. Vous vous rendez compte, elle à l’âge du Christ. Enfin si elle devait être crucifiée, elle aurait le bon âge. C’est pour ça je ne vais certainement pas la jeter en pâture à un japonnais de passage. Il a déjà le poney, avec la roulotte, il se fait expulser Illico. Oui il s’appelle Illico Nagazaki.

D’ailleurs, c’est une grande question existentielle: si je construis un chalet, qu’est-ce que je fais de ma roulotte bien aimée? Je lui construis une cloche en verre, il va falloir que je souffle fort! Je la revends? J’entends déjà La Grande dire : “take le cash” (“prends l’oseille” en patois groenlandais). Elle va me dire : “tu t’attaches à des choses matérielles sans importance…”. Pas du tout, c’est l’immatériel dont il est question! La grande aventure. L’autonomie estivale. La pêche à portée de main, de pieds et de canne. Les départs au petit matin. Mes cinq(uante) ans. La construction de la terrasse. Des poissons en veux-tu en voilà!

Ah oui, c’était ça l’histoire. Donc 53cm dans 30, c’est sûr que je n’y arriverai pas. Je suis trop bon pêcheur ou trop mauvais cuisinier. Il va falloir que je me mette à la pêche au  caplan, à la sardine, me remette à l’épinoche de ma jeunesse, voire à la moule, l’huître, le bulot ou pire l’ascidie.

Dites-le-moi vous qui êtes si malin, qu’est-ce que je fais de ça?

Truite de la Ste-Marguerite 53cm

Truite de la Ste-Marguerite 53cm

 

Même le filet ne tient pas dans la poêle.

filet de Truite de la Ste-Marguerite 53cm

filet de Truite de la Ste-Marguerite 53cm

 

Donc il ne me reste qu’une solution fumer ma belle truite en quatre morceaux parce que là aussi le fumoir est trop petit.

Truite fumée à l'érable

Truite fumée à l’érable et à la maison

 
À table!

Saumon Lacrimosa

Je voulais l’appeler le “saumon à la sueur” mais ça n’est pas très engageant.

J’aurais pu l’appeler « saumon à la nage” mais vous auriez pu croire que j’avais plongé pour l’attraper, las qu’il ne morde à ma mouche.

« Exsudation de saumon » aurait pu le faire.

Mais avouez « Lacrimosa », ça, c’est glorieux !

Tout ça pour dire que j’avais encore tout cuisiné… Plus rien dans le frigo ! Dans ma quête échevelée de toujours plus d’exercice, j’enfourche mon brave destrier roulant pour aller jusqu’au marché trouver l’inspiration du midi. Ne reculant devant aucun sacrifice, je fais le grand tour par l’autre berge du canal. La piste est lisse et peu encombrée. Quelques vélos qui roulent péniblement à l’allure poussive d’un ours sortant de l’hibernation. Un groupe de néoparturientes poussant leur néoprogéniture dans des poussettes hors de prix, « coachées » par une aérobiste enragée.

Mais, moi, je ne vois rien de tout ça, je file, survole la piste, appuyant sereinement et pleinement sur les pédales, me demandant seulement si je dois délier la cheville pour utiliser la force de mes gastrocnémiens ou seulement m’en tenir à une poussée profonde partant des quadriceps supérieurs. C’est vrai, ça. Vous ne vous êtes jamais posé la question de savoir si vous deviez pédaler avec les chevilles ou les cuisses ? Quand je fais mes 3 km à la rame, chaque matin, je sais que si j’implique un petit mouvement de poignet en fin de mouvement, je gagne quelques dizaines de secondes à la fin de mes 15 minutes. Alors pourquoi pas sur le vélo ?

Je m’égare… du Nord bien sûr.

Donc je suis sur mon petit vélo et mon casque diffuse une musique appropriée à la vitesse et le planage.

Vous ne croyiez pas que j’allais vous laisser comme ça en plan avec mon amour platonique pour un homme. Que nenni ! Vous l’avez deviné : Vivaldi. Et de Vivaldi ? Le Stabat Mater !

Le matin, les 15 minutes à la rame, c’est juste pour s’échauffer. Faire circuler le sang. Augmenter la température. Bon après ça, c’est la fournaise, la locomotive à vapeur, ça fume, ça grésille, ça tremble, le sol tremble aussi.

Sur le vélo, nul besoin, échauffement incorporé ! Stabat Mater à fond la caisse !

Stabat Mater Dolorosa

Iuxta crucem lacrimosa

Ça vous remue les sangs dans tous les sens. Et Vivaldi, par-dessus ça. Je suis à la proue de mon vélo, debout sur le guidon, les bras en croix, à la Titanic, le film…

8 km à 60 à l’heure, ça fait 8 min ? En tout cas, d’un coup d’archet, je suis à la maison. Le saumon a fait la fin du voyage dans le sac avec les affaires de gym du matin, d’où l’inspiration initiale pour le titre. Pas de contact entre les deux et la seule communion de la musique.

Mais là, de retour aux fourneaux, je ne suis pas le petit être dépourvu de virilité des coeurs de palmier. Je suis plein de vigueur, prêt à en découdre au besoin. Elle n’aime pas les brocolis, elle va en manger !

Je me suis fait une petite recette dans ma tête. Oui, oui, parfaitement ! Je pédale, pense à la meilleure façon de le faire, jouit de la musique et j’élabore une petite recette. Et si vous voulez savoir, je travaille aussi sur mon projet, réglant quelques problèmes de serveurs, et je prévois, par dessus le marché, quelques astuces de cette divagation.

Donc ma petite recette, c’est une galette de sarrasin, il en reste d’hier, des poivrons, du saumon, de la crème, du curry, du gingembre et … des brocolis.

Je vais étuver les brocolos. Je vais faire une confiture de poivrons. Ensuite, je vais précuire mon saumon dans un peu de crème bien colorée au curry. Je n’y peux rien, j’aime la cuisine colorée. Je ne vais pas mettre de tabasco, mais encore un peu de gingembre pour aller chercher une petite note citronnée.

Vivaldi, si tu m’entends, vient manger à la maison, c’est le saumon cuisiné aux larmes de la Madone !

À table !

P.-S. Ça n’a pas marché, non plus, elle les a trouvés, toute de suite, et même si je me suis fâché (pour rire), elle me les a refilés, les brocolis !

>>>>> recette

 

 

 

Litote de crabe

Les pêcheurs sont sortis pour pêcher le « crabe des neiges ». Ici, c’est comme le vin nouveau, on attend le crabe frais comme un bon signe du retour du printemps. Enfin, je dis « ici », mais c’est plutôt moi, la grande et la petite n’attendent pas plus le retour du crabe que l’ouverture de la pêche. Elles attendent le soleil ! Du coup, elles attendent plus longtemps, il faut savoir se satisfaire du premier signe avant-coureur du début de l’amorce de l’arrivée imminente de la nouvelle saison. Il y beaucoup de signes encourageants: déjà il n’y a plus de neige, le lilas du coin de la pelouse frémit, les bixi (les ‘vélib’ de Montréal) ont envahi la ville, il y a des fleurs au marché… Le crabe, c’est un bon signe et en plus ça se mange.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce qu’on appelle du crabe; c’est ce que, dans mon jeune temps, on appelait « araignée de mer ». C’est l’éboueur du fond des mers. Il y en a des petits et des super gros. Les Russes en ont implanté des tellement gros, les crabes royaux, dans la mer de Barents, qu’ils n’arrivent plus à les retenir. Ces gentilles petites bestioles, qui peuvent faire 2 m d’envergure, descendent tranquillement vers les côtes du Nord de la Norvège en détruisant tout sur leur passage. Attendez-vous à les voir débarquer sur vos rochers, gris, hirsutes, gluants, poilus… BRRRRRRRR!

Nous ici, nous sommes chanceux, les soi-disant crabes ne font que 60 à 90 cm d’envergure. Ils ne sont pas de taille à nous grignoter les mollets. Et heureusement que ce ne sont pas vraiment des crabes parce qu’un crabe de cette taille aurait, certainement, des pinces conséquentes. L’euphémisme est bien trouvé ! Il est vrai que sans le corps on pourrait croire à des pattes de crabe, mais maintenant que tout le monde a vu la reconstitution d’un squelette à partir d’un morceau d’arcade sourcilière dans les feuilletons à la mode… Oh pardon, les séries, nous ne regardons plus de « feuilletons », mais des « séries ». Feuilleton cela fait trop « Trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas paru dans le journal quotidien Le siècle, en 1844. « Journal » non plus, cela ne se dit plus. On parle de média. On parle de multimédia. On parle nouvelles, de tweets, de réseaux sociaux, de fausses nouvelles, de nouvelles virales, de buzz… On parle de tout un tas de choses qui ne veulent plus rien dire. Le crabe, c’est une araignée et la nouvelle, c’est une rumeur.

Qui est-ce qui veut manger de l’araignée? J’ai aussi de la limace ou du cafard !

À l’époque, cela ne me choquait pas. Il n’y avait pas d’amalgame direct entre les arthropodes. Cela semblait être un mets délicat. Moins courant que les tourteaux. Il faut dire qu’elles étaient moins grosses, une balle de tennis peut-être. On mangeait du foie, du coeur, des ris, des rognons, des tripes, de la cervelle, des amourettes, du gras double, du saindoux, parfois des animelles, et même de la queue !

Ah ça c’est prévu, il y a une page réservée dans le blog pour le jour où je vais faire de la queue. Je vais vous faire toute une belle page sur comment je l’ai fait cuire, comment je l’ai désossée, comment je l’ai mangée, comment je l’ai aimée ma queue de veau. Je vais vous faire tout un tas de photos en couleur, en gros plan, en contre-plongée. Je vais vous la raconter ma recette que plus jamais vous ne pourrez manger autre chose que de la queue de veau. Il y aura pénurie mondiale ! Les veaux auront la queue entre les pattes. On mettra des antivols de queue de veau. On les peindra en fluorescent pour pouvoir suivre les voleurs dans la nuit. Ce sera la Saint-Barthélemy des  queues de veaux !

Et nous serons tous honnêtes ! Nous crierons haut et fort que nous mangeons de la queue de veau. Nous ne trahirons pas les pauvres animaux amputés en trouvant un artifice pour cacher la provenance de ce morceau de choix. Nous créerons la ligue de défense de l’appellation réaliste. Nous serons les adeptes de la vérité vraie.

En attendant, je m’empiffre et ce n’est pas une litote, je vous le jure!

À table !

Papillotes de sole au homard bien de chez nous

Il n’y a plus rien dans le frigo, ça, j’en suis sûr.

Donc sur le chemin du retour à la maison, avec mon petit vélo, je fais un arrêt au Métro+. Le « plus » c’est pour dire qu’il est mieux ! Ou alors, c’est pour dire qu’il est plus cher… En tout cas, j’y vais le moins possible parce que si on a un +, on devrait aussi avoir un service irréprochable et ce n’est pas le cas. Et quand j’y vais, je boycotte les caisses automatisées, d’abord parce que ce n’est vraiment pas au point et parce que ce sont encore d’autres petits boulots qui disparaissent pour le simple profit des actionnaires.

Puisqu’on parle de boycotte, avant d’acheter quoi que ce soit je vérifie aussi la provenance, et si j’en ai vraiment besoin et que je ne trouve vraiment rien d’autre, je me résigne au « Made in China ». Mais dernièrement, j’ai acheté :

  • un cadenas de vélo venant d’Allemagne
  • des cuillères en bois françaises
  • une machine à pâte d’Italie
  • des emporte-pièces espagnols
  • des skis français
  • un moulinet américain
  • une gourde américaine

Il faut que je vous raconte la gourde ! J’arrive au magasin de sport, des gourdes, il y en a un mur complet. Sans mentir ! Un mur de gourdes. Des rouges, des vertes, des bleues, des transparentes, des métalliques, lisses, cannelées, de toute sorte. Bon, comme c’est pour m’hydrater au gym le matin, je renonce au rose. (un jour la petite nous a déclaré qu’elle avait « renoncé aux petits pois », on en rigole toujours). Pas de roses, cela fait 10 de moins, il en reste seulement 200, peut-être même 300. Donc, je commence à éplucher les étiquettes et j’y trouve toutes sortes d’indications, mais pas de provenance. Je commence à décoller les étiquettes de prix qui sont « judicieusement » collées sur le « fait en Chine ». Je finis par trouver les « China », « Made in China », « Fait en Chine » et autres provenances bien cachées, toutes de Chine. Je trouve même « made in RPC ». Un nouveau métal ? Mais non, RPC, c’est « République populaire de Chine ». J’essaie une bleue, elle est China. J’essaie une en métal, elle est China. J’essaie Camelbak qui se targuent de fabriquer leurs sacs à dos aux États-Unis et elle aussi est China. Après en avoir retourné, scruté, déchiffré, grattouillé, désétiqueté une bonne cinquantaine, je finis par trouver une qui indique clairement « Made in USA ». Mais c’est une usine à gaz ! Il y a au moins 4 façons différentes d’accéder au contenu: en dévissant le gros bouchon, en dévissant un petit bouchon, en dégoupillant un bec au centre, en déclenchant un bec à ressort sur le côté. Quatre façons de boire, c’est aussi quatre façons de fuir, n’est-ce pas? Donc je continue mon exploration des arcanes de l’hydratation sportive. Ce que je ne vous ai pas dit c’est que le mur de gourdasses se trouve juste en haut de l’escalier roulant et que je suis un peu dans le passage. Peu me chaut. Donc Chine, Chine, China, China. Je suis sur le bord d’abandonner. USA ! Une autre faite aux États-Unis. C’est un tonneau de 50 l. Elle doit être produite au Texas. Les Texans adorent dire qu’ils ont le plus grand état, le plus grand chapeau, le plus gros flingot et donc certainement la plus grosse gourde aussi. Il faudrait une brouette pour la transporter quand elle est pleine. Finalement dans la pléthore de bouteilles, je finis par en trouver une troisième fabriquée chez les voisins. Celle-là est d’une simplicité absolue, un bouchon avec un trou de la taille d’un doigt pour la porter, un simple joint d’étanchéité et bleue. Je vous ai gardé le meilleur pour la fin et la soif dans le cas de la gourde. Le prix ! Vous avez idée du prix d’une gourde? Je vous le donne dans le mille cela va jusqu’à 50 $ (soit 35 euros) et la moins chère alors? Eh bien c’est l’usine à gaz fabriquée aux États, à 9 $ elle est encore moins chère que celle que je prends qui est à 11 $, de toute façon moins chère que toutes les chinoises.

Tout ça pour dire que je boycotte les caisses automatisées, mais comme l’épicerie est sur mon chemin, c’est pratique. J’achète du pain, des filets de sole et des pinces de homard.

Rentré à la maison, je mets le riz à cuire dans l’autocuiseur à riz. Je dois dire que ça, c’est chinois, mais c’est ça vient de chez eux alors on ne peut rien dire. De toute façon quand je l’ai acheté, il n’y en avait nulle part et j’ai trouvé ça au fond d’un magasin du quartier chinois.

Ensuite je sors les papillotes, je mets les soles, la moutarde, le homard et la crème et il ne reste plus qu’à mettre au four.

À table.

>>>>> recette

Risotto citron et crevettes

En ce moment, je suis dans ma période Chopin et Martha Argerich. Avant j’étais Bach, le Clavier bien tempéré et, la géographie aidant, Glenn Gould. Il ne vous a pas échappé que le principe commun est le monologue pianistique. De temps en temps, une variation orchestrale, une envolée accompagnée. Le piano reste le centre, mais n’apparaît qu’au débouché d’une clairière, jalonne son chemin et s’envole au besoin.
Ce soir, c’est ce que je voulais, une note soutenue, le printemps n’est pas encore là, pas vraiment, mais il est temps de renouer avec la fraîcheur des goûts.
Pour faire plaisir à tout le monde, du riz, de l’arborio, grains ronds, saveur souple et croquante. Pour les protéines, des crevettes. Des crevettes du Québec, s’il vous plaît. Des crevettes de Matane! De vraies crevettes avec du goût. Et pour la note soutenue, du citron. Je n’ai pas pris des oignons pour ne pas tuer le citron, mais des échalotes, j’ai mis un peu de persil en flocons, mais il manquait quelque chose quand même. Du frais, encore du frais. De l’éclatant. Les pizzicati du palais. Plonger dans le piano et frapper les cordes directement.
C’était plus du Bach que du Chopin: près du piano, mouvements limités, polyphonie forte, romantisme langoureux, du Gould assurément; moi je voulais du Chopin, je voulais L’Étude en Ut mineur opus 10 n°12, je voulais le Bombardement de Varsovie, l’étude révolutionnaire!(*)
Elles ont aimé, c’est le principal.
À table!

Pour ceux qui n’auraient pas goûté tous les détails de mon propos, l’étude de Chopin Opus 10 N°12, appelé ” Révolutionnaire” ou “Bombardement de Varsovie”, a la particularité d’avoir une main gauche qui joue une mélodie beaucoup plus évoluée que le soutien qui lui est habituellement dévolu. On peut le voir et l’entendre sur cette vidéo.

Saumon au naturel

La pêche n’est pas ouverte et les saumons batifolent toujours dans le grand océan.

Mais nous avons un grand déficit en oméga 3 au profit des oméga 6; donc, même si nous ne sommes pas vendredi, aujourd’hui, j’ai envie de saumon. En allant au marché, pour le pain frais, je me suis arrêté à la poissonnerie. Il y avait plus de poissonniers que de clients, mais heureusement moins que de poissons.

Avec le saumon, il faut des légumes et, puisque c’est un des emblèmes du Québec, allions-lui un autre mets typique. Au printemps dernier j’ai ramassé, nettoyé, préparé et congelé des têtes de violon.

Têtes de violon, le premier légume du printemps

Elles portent le nom populaire de crosses de fougère ou de têtes de violon en raison de leur tige délicate juste avant qu’elle ne se déroule pour former une grande fronde, terme utilisé pour désigner les feuilles de fougère.

Caractéristique assez rare chez les plantes, la matteucie fougère-à-l’autruche, comme on l’appelle chez nous, et qui nous donne la tête de violon que l’on consomme, allie le beau, le bon, l’utile et l’agréable. Non seulement elle se prête à plusieurs plats cuisinés, mais ses frondes délicates, aériennes, atteignent de 1,5 à 2 m et donnent souvent au sous-bois, et au jardin, une allure tropicale.

Plante nordique, cette espèce est répandue un peu partout dans l’hémisphère boréal, aussi bien en Europe qu’en Asie, au Moyen-Orient (Iran) et en Amérique du Nord. Elle se plaît dans les milieux riches et humides, plus particulièrement dans les érablières ou les forêts mixtes, et forme souvent de vastes et denses colonies.

Donc un peu de riz blanc, beaucoup de têtes de violon et un beau pavé de saumon.

À table!