Confiture gratis

Je rêvais de faire de la confiture de A à Z.

À 100 m, il y a les dunes, de la silice en quantité, j’ai deux bonbonnes de gaz, je dois pouvoir faire du verre le souffler pour faire des jolis pots de confiture tout en rondeur? Même pas besoin de couvercle, on passe la confiture par le tuyau à souffler et on pince le goulot. Quand le temps est venu de manger de la confiture, pas de problème, il suffit d’un sabre et c’est comme le champagne!

Sana aller jusque là, je voulais au moins récolter mes fraises ‘mano a mano’: une main taurerait les fraises alors que l’autre en retrait attendrait son tour d’entrer dans l’arène. La passe serait rapide. On s’approche de la fraise qui s’élance tête baissée, naseau fumant. La main s’efface pour laisser passer le monstre mugissant. Les doigts se referment sur son cou, c’est la mise à mort. L’autre main n’est pas restée inactive, elle virevolte la cape légère pour trouver le prochain assaillant a terrasser. Il y a de l’émulation à l’affiche: Garcia Lopez la Derecha versus Rodrigo la Fuenta Isquierda vont affronter le troupeau Fresa Frutilla.

Oui, c’est bien, aller cueillir les fraises, mais il faut payer! Payer, plutôt mourir… Et il meurt.

Das mon jardin, c’était bien. Elles étaient à portée de la main, des yeux et de la bassine. Mais 3 pots… Trois heures de cueillette, trois demi-heures de cuisine et trois pots de confiture. Je ne nourris pas la famille, une année complète avec ça ou alors ça va me coûter une fortune en Nutella. En plus, soyons honnêtes, c’est un peu la fin des haricots et surtout des fraises. Je finis par trouver un champ pour l’autocueillette pas trop loin. Je connais le proprio. Alors, c’est parti!

Trente minutes par panier de 4 litres.

Ils nous agacent, ils nous font ch*&?%$ avec leurs mesures à la mord moi le schtroumpf. Des fraises au litre, maintenant. Et le sucre, je l’achète à la bouteille. Je prends ma petite bouteille et je vais à l’économat de la SNCF pour acheter un litre de sucre blanc du Roussillon à la tireuse, comme quand j’étais petit? Je me souviens, il y avait des petites capsules en plastique de couleur vive pour refermer la bouteille. Le fin du fin du pire du kitsch absolu, c’était d’en mettre une rangée, coincées entre les rayons de son vélo.  L’effet stroboscopique des capsules de pinard sur dans les rayons de vélo, je ne vous raconte pas ça! Du grand art. Du pop art. Du vrai, de l’art populaire. Vous ajoutez les franges en plastique assorties au rideau de porte du même métal, et le Guggenheim vous achète le souvenir, le MOMA met une option sur votre cerveau.

Pour en revenir aux fraises, 4 litres donnent 1,5 kg. Donc 4 litres de fraises, trois tasses de sucre, une louche de citron, un kilo de gaz et 3 litres de bocaux, cela donne? Vous ne trouvez pas? C’est simple: des tartines pour toute l’année. Une brouette de tartines, grosso modo.

Objectif: 3 paniers. Sans calculette, cela veut dire, une heure et demie d’exercice. Comme dirait la Grande: autant faire de l’exercice utile! Pour elle, lever des poids au gym, c’est “l’exploit inutile”. Soulever de terre 150 kg, 40 fois, c’est injustifiable. S’accroupir 40 fois avec une barre de 120 kg sur les épaules, c’est incohérent. Mais quand je passe une heure et demie, à me baisser, à m’accroupir et à ramasser des fraises de 5 g chacune, ça, de son petit bout de la lorgnette, c’est utile. Quelle honte, des poids de cinq grammes, ma virilité est mis à mal. Je ne vais plus oser me montrer à mes coreligionnaires. Ils épient tout. Ils reconnaissent les poids. À 15 m, ils différencient un haltère de 32,5 livres d’un autre de 35 livres. S’ils me voient avec une pesée de bijoutier de cinq grammes, ils vont rigoler. Ils vont penser que je me convertis à la gonflette…

Oublions ça, je l’ai fait et, ensuite, j’ai passé deux heures debout pour équeuter les mêmes fraises. Le dos va bien.

Oui, c’est bien, mais il faut payer! Payer, plutôt mourir…. Et il meurt.

Mais non, parce que voilà l’astuce: j’ai rencontré une de mes connaissances la veille qui avait besoin de mouches. Il avait perdu les deux seuls exemplaires qu’il avait et qui avaient été le fondement d’une pêche miraculeuse. Il m’explique le modèle, un muddler minnow avec une aile en marabout jaune et rouge, pour les connaisseurs, et en veut une quinzaine. Donc le soir, je fais quinze mouches, le matin je vais les porter, le récupère les sous, je les garde dans la main, je vais au champ de fraises, je reverse les sous et c’est parti pour la confiture gratis.

15 muddler minnows

15 muddler minnows

le champ dévasté

le champ dévasté

la fin des fraises

la fin des fraises

trois paniers

trois paniers

L’écume des fraises

un cul de poule plein

un cul de poule plein

 

L’écume, c’est la frange supérieure de la vague, c’est la sueur du cheval qui a travaillé fort, c’est la mousse sur la confiture de petites fraises des bois.

Cela m’a pris pas loin de 3 heures pour ramasser 1,5 kg de fraises sur mon terrain. Ce n’est pas que le terrain est si grand qu’il faille trois heures pour en faire le tour! Bien au contraire, les fraisiers étaient concentrés sur 5 m2, mais c’est tout petit, ces cochonneries-là.

J’ai commencé par en ramasser un peu pour me faire un smoothy, mais quand, le cul de poule à commencer à se remplir, je me suis dit que ce serait une bonne idée de voir si je ne pourrais pas faire des confitures. Et plus j’en ramasser, plus j’en voyais. J’avais beau ramasser tout ce que je voyais devant moi, je me rendais compte, après coup, que j’en avais écrasé sur mon passage.

Le premier saladier, je l’ai ramassé à la va-vite, avec les queues puisque, d’après La Grande, il faut laver les fraises avec la queue pour ne pas que l’eau s’immisce. Mais l’expérience de reprendre les fraises, une par une,  ne m’a pas convaincu que c’était la bonne façon de faire. Donc, au deuxième, j’ai cueilli “propre”!

Par contre, mon gros fait-tout était trop gros pour une si petite quantité. Les fruits ne font pas assez de liquide et il est impossible de retirer les fruits.

Mais le résultat est excellent.

 

Smooth à la roulotte

Pour ceux qui ont lu “Apophtegmes péruviens”, vous vous souviendrez que les filles ont découvert les boissons glacées aux fraises faites avec un mélangeur. Nous nous sommes donc équipés à la maison pour en préparer, mais si le résultat a toujours était plutôt agréable au goût nous n’avons jamais réussi à reproduire le goût liméien.

Je voulais emmener le mélangeur à la roulotte, mais entre les pots de confiture, les marmites à confiture (je vous en parle bientôt), la cafetière et tout le reste, je n’avais pas le goût d’en ajouter encore. Donc je m”en suis acheté un qui pourra rester à Tadou. Je l’ai choisi avec un bol de verre parce que tous les emballages qui indiquaient “sans BPA”  sous-entendaient aussi “en plastique”. Donc “bol en verre”, “650 chevaux” sous le capot, le “blender de compèt'”!

Un blender à la roulotte, ça amène des complications. Entre la cuisinière et l’évier, il y a tout juste 40cm de plan de travail, alors la cafetière prend toute la place. Il en reste un petit peu, pour mettre le grille-pain en arrière, mais impossible remettre le malaxeur. Je n’ai pas non plus de place pour le ranger et le ressortir à chaque fois. Je ne vais quand même pas faire comme mon chum Momo et construire une cuisine extérieure “en dur” devant la roulotte avec des tôles de plastique ondulé. Vous savez le truc bien crade qui devient jaune pisseux et qui se couvre de petite mousse verdâtre. Il ne me resterait plus qu’à porter un Marcel taché et des chaussettes noires dans des sandales éculées. Non des chaussettes à carreaux, ce serait encore pire.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’autres prises de courant. Donc j’entame les grands travaux de réaménagement: installation d’une prise de courant près de la fenêtre de la chambre pour pouvoir poser la cafetière. Cela prend un petit moment pour faire le trou dans la cloison , passer le fil et aller le brancher à l’arrivée électrique, mais, quand c’est fini, c’est propre et bien fait. Donc je déplace la cafetière et je peux poser le blender prêt à être utilisé.

Premier smooty: 2 kiwis que j’ai ramenés de Montréal, parce qu’ils n’avaient jamais réussi à mûrir, une petite mangue, un verre de jus d’orange, une cuillère à soupe de chia et une cuillère de protéines. Les kiwis pas mûrs sont plutôt acides, mais la mangue arrive à contrebalancer.

Le lendemain, je veux essayer sans jus d’orange, juste de l’eau. Cette fois, je mets une banane qui elle non plus n’est pas trop mûre, une autre petite mangue, une cuillère à soupe de chia et une mesure de protéine aux céréales et j’ajoute un grand verre d’eau. C’est épais et pâteux, j’ajoute un trait de jus de citron et c’est mieux.

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Yaourt à la confiture chaude

C’est le nouveau délice à la mode!

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Il faut de la confiture de fraise chaude sur laquelle vous déposez gracieusement quelques cuillères de yaourt grec zéro pour cent. Ensuite, touillez délicatement pour obtenir un tourbillon du plus bel effet.

Je vous voix venir, vous pensez que c’est un dessert qu’on peut se faire comme ça, n’importe quel jour de l’année. Une cuillère de confiture de fraise Bon papa, un petit coup de micro-onde, et hop, de la confiture chaude! Un coup de micro-onde, c’est la mort de la cuisine. Non, non ce dont je vous parle c’est de la confiture naturellement chaude! Je vous explique: il vous faut une roulotte, deux kilos et demi de fraises bio, un kilo trois cents grammes de sucre, un trait de citron, des bocaux, une belle marmite et un entonnoir à bocaux.

Vous commencez par équeuter les fraises, les faire macérer et ensuite vous chauffer tranquillement, de temps en temps vous retirer les fruits pour faire bien réduire le jus et quand vous avez atteint 105°, vous mettez en bocaux. Bien sûr, il n’y en a pas exactement pour remplir 8 bocaux alors il vous reste un peu de confiture chaude.

Vous mettez le reste de confiture naturellement chaude et vous ajoutez le yaourt grec 0%.

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Recette

Gâteau d’anniversaire

J’ai eu une commande: pour l’anni: un fraisier.

Il est vrai que malgré la météo, on a vu apparaître de belles fraises. Malheureusement, si elles sentent bon, je ne suis pas impressionné par leur texture.

Mais bon, pour faire plaisir!

Le résultat est très calorique, très appétissant, super bon, mais la crème est trop molle pour une tenue style boulanger; j’ajouterai bien un peu de gélatine ou d’agar-agar la prochaine fois.

>>> recettefraisier fraisier fraisier

Toujours plus

La pensée m’a traversé l’esprit : on peut toujours mettre plus de pommes dans une tarte aux pommes.

J’avais épluché quatre pommes et je me demandais si cela serait suffisant pour couvrir toute la tarte. Mais si on fait les tranches plus grosses et qu’on les tasse plus serrées, il faut plus de pommes, n’est-ce pas ?

Alors c’est quoi le bon ratio ?

Si on met plus de pommes, est-ce qu’il faut faire cuire plus longtemps ?

Ça aussi c’est une question qui me préoccupe : quand je fais de la compote, c’est quoi le temps idéal de cuisson ? Habituellement, j’attends que toutes les pommes soit devenues purée, mais si j’arrêtais avant est-ce que je conserverais plus de vitamines ou est-ce que le goût serait plus acide ?

Peut-être que c’est ça l’art de la cuisine : savoir quand il faut mettre plus de pommes ou arrêter la cuisson au bon moment.

En tout cas, les nanas, elles ont besoin de manger des fruits, alors comme on dit chez nous, je vais « beurrer épais »!

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La carotte et le ballon

Ce soir, c’était “gros ballon”.

Je ne sais pas trop ce qu’elle fait avec, mais c’est bon pour ses muscles et sa tête!

La tentation de faire la gym buissonnière étant toujours présente, les repas du mardi et du jeudi se doivent de tenir tête à la fainéantise.

Ce soir, rien de bien compliqué, d’abord les restes, une petite soupe mixée à partir des restes du couscous, légumes, pois chiches et quelques petits morceaux de viande, riche, mais gouteux.Ensuite une quiche aux oignons, origan et farine entière. Et pour finir, ananas rôti à la cannelle.

Pour l’ananas, c’est facile. On achète un ananas qui sent bon. S’il ne sent rien ce n’est pas de bon augure! Ensuite, on l’épluche en retirant la peau à grands coups de couteau. On coupe des lamelles dans le sens de la longueur. Le meilleur moment, c’est quand il faut ronger le coeur pour ne rien perdre. Enfin, on met les tranches d’ananas dans un plat, on saupoudre de cannelle et on fait cuire 15-20 minutes à 350.

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Dinde au long cours

Ce n’est pas que je ne veuille pas essayer de nouveaux ingrédients ou de nouvelles préparations, mais il y a de la résistance à la table. En matière de cuisine, j’aime que tout le monde soit heureux, en l’occurrence « heureuses ». La moindre grimace et mon plaisir est mitigé. À table, les indicateurs peuvent être extrêmement subtils, un peu trop de reste dans l’assiette, un peu de chipotage, une légère lenteur dans l’ingestion, l’eau pour faire passer et la recette a fait long feu. La sanction est impitoyable, la recette part au pilon, c’est l’autodafé! La recette au pilori et le cuisinier au supplice!

Alors, je m’adapte, je fignole, je parfais, je parachève, je cisèle! Je lave le riz plus longtemps pour qu’il ne colle pas. Comme il est « étuvé », cela ne change rien, mais j’ai l’impression que c’est mieux. Je minute les temps de cuisson, une seconde de moins sur les brocolis, une seconde de plus sur les pâtes « al dente ». Je m’autorise aussi quelques dérapages, une lampée de piment dans la soupe, un bon gros morceau de gingembre haché dans les tagliatelles, une banane dans la compote. L’autre jour, j’ai eu une pulsion de mangue dans la compote, mais j’ai dû résister de peur que cela ne fût trop visible!

Tout est bon, tout le monde se pourlèche, mais c’est « trad ». J’ai l’impression d’entendre le bourdon du biniou sur ma cuisine, une note de fond un peu nasillarde. La bombarde pousse un couac de temps en temps pour aciduler le contrechant, mais la vielle à roue ramène le train-train culinaire dans sa course sous le vent. Comme je ne suis pas homme à me laisser porter par le courant, j’ai décidé de virer de bord et de remonter en tirant des ris et des coups de canon! Non je ne vais pas naviguer au près, au largue, grand ou petit, je suis parti vent debout!

Tout d’abord, hors de ma vue, poulet trop facile, aujourd’hui ce sera de la dinde! Vous direz ce n’est pas une grande révolution, mais, quand même, c’est le ferment de la volte! Il ne sera pas dit que je j’ai tiré des bords de fillette! Ce n’est pas parce qu’il y a un grand débat sur le « mariage pour tous » que je vais faire dans la dentelle! Je déjauge, l’empannage menace, l’auloffée est à portée de misaine. Je suis encore à tribord amure et je louvoie. Après la dinde, les échalotes remplaceront avantageusement les habituels oignons, point de tabasco, mais des épices, des vraies: clous de girofle, graines de coriandre et même de la cannelle! J’ai oublié de l’ail aussi et de la coriandre fraîche. Un petit peu de bouillon de poulet et une cuisson à l’étouffée, genre tagine. Une bonne petite cuisson lente pour que la viande soit caramélisée, confite. Voilà, le ponant est à la proue, le vent me glisse sur les ailes, je suis debout, je suis vent debout, je file à grande allure!

>>> recette

Alors j’ai suivi la route des épices, j’ai laissé le Cap Horn à mon bâbord, la mer de Behring à mon tribord et parti de Bretagne sud, je suis de retour en Normandie. Pays de pomme et de cocagne où le calva coule à flot. J’avais des envies de laisser tartes et compotes loin derrière moi. Je voulais oublier le passé. Naviguer sur la mer d’oubli et voir se lever de nouveaux orbes de pommes aux allures modernes. Foin des moelleux. Fi des surprises. Me voilà en pays d’Auge, je vais sur les brisées de la d’Armont. Il est temps d’occire ceux qui soufflent sur les braises de la révolte que ce soit sous prétexte de pain au chocolat ou d’anciens massacres…
Vous avez beau dire, mais l’histoire se répète! Il y en a toujours pour mettre le feu aux poudres en glorifiant d’iniques flatulences de l’histoire. Marie-Anne-Charlotte de Corday d’Armont, tu es resté célèbre pour une baignoire, moi je le serai, peut-être, pour une charlotte.
Eh oui, une simple charlotte: des pommes en guise de crème, du pain brioché façon gâteau à la cuillère et Dulce de leche comme liant.

Le bateau ivre est arrivé à quai.
À table.

>>> recette

 

Passé moëlleux

On se vautre dans son propre train-train. On y a fait sa petite place bien moelleuse, bien douillette, bien confortable. On s’y sent bien à l’aise. De temps en temps, une envie subite nous prend: écouter Scarlatti, pire, quelque mièvrerie vous amène à écouter Baden Powel! On y prend plaisir et parfois même on en reprend. On oublie Vivaldi et on pousse jusqu’à Mozart. Vivaldi, ça coule comme de l’eau dans un ruisseau. Mozart, ça claque comme un trille au piano (oui “trille” c’est masculin!). Les associations mentales, les ancrages neurolinguistiques sont tellement forts que les noms font rejaillir la musique.

Mon nid douillet à moi. Mon environnement délectable. Ma soue à cochons, c’est Georges Brassens. C’est pratiquement le seul dont je peux écouter les mélodies sans relâche. Vivaldi et Brassens. Dans la voiture pendant les longs trajets, j’écoute Onfray, Vivaldi et Brassens. Les autres, je passe. Une petite pression sur le comodo et je passe à la suivante. À l’entraînement, le matin, je pose mes haltères et je “skippe”.

J’écoute toujours les chansons de Brassens avec plaisir. Ma seule déviance à ce plaisir solitaire, c’est de les écouter chantées par Maxime Leforestier. D’habitude, je trouve les reprises insupportables parce qu’elles sont chargées d’un nouveau sens, toujours exagéré. La voix de Leforestier s’accorde parfaitement, la tessiture et le phrasé plus clair ajouteraient même au texte s’il y avait besoin. Je n’écoute plus Brel, parfois Barbara, de temps en temps Bobby Lapointe, quelques Bécaud, mais Brassens a toujours droit de cité. Bien sûr, j’ai “craqué” pour quelques jeunesses comme la charmante Bretonne, mais qu’on se le dise Vivaldi et le vieux moustachu reste le coeur de la musique qui m’anime.

Eh bien, ce soir, c’est le retour d’une recette indémodable et toujours acclamée. C’est le retour à la case départ, vous souvenez-vous? Le citron, les pommes, la note fraiche, Vivaldi! C’est le retour du moelleux! Bien sûr, il est réapparu plusieurs fois depuis son émergence, mais aujourd’hui avec le temps d’automne, cela ressemble à une résurgence.

En matière culinaire, je ne me fie pas à ma mémoire qui galope au loin et je reprends donc la recette que j’ai concoctée. D’ailleurs, si vous les avez consultées, j’ai la recette simple. Cinq ingrédients et trois étapes,  que faut-il de plus? De temps en temps, quelques fioritures, mais honnêtement tout doit se trouver dans le plat au moment de le cuire!

Ma seule fantaisie, c’est de cuire les éléments indépendamment le plus longtemps possible. Je roussis les oignons. Je fais revenir les poivrons. Je dore la viande. Je grille les courgettes. Je boucane les tomates. Je noircis les aulx. Je fais sauter les champignons. Et quand tout le monde a pris la bonne couleur, a atteint le summum de sa plénitude autonome, je les invite à mélanger leurs saveurs. Comme pour Brassens, j’aime à retrouver les bonnes vieilles odeurs pour ce qu’elles sont. Pas de réinterprétation ou alors de bon aloi. Il faut retrouver ses marques. Il faut humer les solos. Chacun accorde son violon. Puis c’est la grande envolée, tout le monde gagne la fosse d’orchestre et le chef abaisse sa baguette. Les odeurs s’époumonent en coeur. Reconnaissez vous à droite, l’oignon qui s’égosille, le safran qui hurle, le sel qui claquette, le poivre qui éternue. La viande qui pantèle pour rester à la hauteur. À gauche, on a les carottes qui gazouillent, les navets qui piaulent et les rates du Touquet qui tambourinent. Le concert a débuté. Le chef, de cuisine cette fois, règle le tempo et il suffit de profiter de la mélodie des odeurs qui montent jusqu’à l’apothéose en bouche.

Bien sûr pour le moelleux, rien de tel. Simple et de très bon gout. On rape les pommes et on mélange le tout. Cela n’empêche, la préparation à froid permet de reconnaître les ingrédients. Aujourd’hui, ce sont des golden, pas très bonnes à manger crues du fait d’une texture raide, mais elles dégagent une note sucrée. Donc un peu plus de citron et un peu moins de sucre. La cannelle sera le dièse pour monter d’un demi-ton.

Au programme ce soir, endives au jambon et moelleux aux pommes, le concert sera réussi!

À table.

Confiture de mots

Maintenant il n’est plus question d’acheter des confitures du commerce, il paraît.

Bien que réticente au début, comme je vous l’ai raconté, de peur du botulisme soi-disant. Le botulisme! Je vous demande un peu ? Une dizaine de cas par an et, de toute façon, dans des conserves à faible teneur en acide comme les haricots, les asperges ou les betteraves. Après, elle a trouvé que nous n’avions pas de place pour ranger les pots. À court d’arguments, elle est maintenant convertie et c’est même elle qui a repéré les pots en solde au supermarché.

Moi de mon coté, je cherchais des abricots, mais sans en trouver qui me plussent (allez hop, un petit imparfait du subjonctif, ça fait du bien par où ça passe).

En ce moment, notre sujet de conversation préféré ce ne sont pas les imparfaits, il y en aurait trop, mais les vocabulaires. On peut, semble-t-il, vivre et échanger avec 500 mots, mais en ayant une réserve de 1000 pour ajouter à sa compréhension limitée du monde qui nous entoure. Plus éduqué, le vocabulaire s’étendrait à 5000 mots et, pour les plus encyclopédiques d’entre nous, le vocabulaire ne passerait qu’aux alentours de 12 000 mots. Bien sûr, c’est sans compter tous les termes spécialisés qu’ils soient d’informatique, termes de métier, de botanique ou, bien sûr, de cuisine. Le vocabulaire français comprendrait aux alentours de 90 000 mots, non spécialisés. Le pire c’est que les anglais et leur langue simplifiée, approximative et prépositionnelle, en auraient 200 000! Je vous rassure c’est que leur dictionnaire comprend tous les mots qu’ils n’empruntent souvent que très épisodiquement aux autres langues. Tout ça pour dire que je fais mon possible pour entretenir votre petit potager lexicologique. Je débroussaille, au besoin, les noms de pièces de boucherie, les phases d’évolution du sucre, les dénominations botaniques. Bine entre les rangées pour bien faire fleurir chaque terme. Arrose quelque vieil hapax poussiéreux qui ne demandait qu’à disparaître dans un faisceau de mauvais archaïsmes. Fourrage dans les greniers pour y retrouver, au fond d’une pochette abandonnée depuis des lustres, quelques graines de polysyllabe parisyllabique que l’on pourrait remettre au goût du jour en un néologisme tout aussi explétif que tant d’autres. Je m’amuse des homonymes, synonymes et multiples paronymes, jouant de collusions pour créer collisions, vagues et contrecoups. Mais, je le promets bien solennellement, je m’ingénie surtout à trouver le terme exact pour que chaque phrase s’envole sculptée à l’angström près.

Tout ça pour dire que j’ai fait de la confiture de pêches et de pêche blanche par-dessus le marché. Pour les moins québécois, la “pêche blanche”, c’est comme ça qu’on appelle la pêche qui se pratique au travers d’un trou dans la glace . Donc de la vraie confiture de pêche du Québec.

En mémoire de Neil Armstrong, j’ai fait la confiture comme on lance une fusée. Comprenez que j’ai lancé l’ignition au troisième top et que la confiture a décollé comme Apollo 11 à l’assaut de territoires inconnus. Ce qui devait arriver arriva, la confiture a fait un grand pas dans la température et un petit pas vers la caramélisation. Malgré tout, les couleurs sont alléchantes, attirantes, attrayantes, aguichantes, tentantes et, plus que tout, appétissantes.

Maintenant on me surnomme “el jefe de la marmelada” (le chef de la confiture en castillan, la nouvelle langue de la casa)

À table!

 

Distillat numérique

Vous allez penser que je fais une “fixette” mais hier j’ai été tenté par des rollmops et je suis resté sur ma faim. Ils avaient l’air appétissants, mais il leurs manquait quelque chose. Pas seulement de ne pas avoir été faits avec amours, délices et orgues, ni d’avoir été produits de main de maître par ma chère Maman, mais simplement de ne pas avoir de provenance! Je vous le donne en mille, il y avait bien le lieu d’emballage, mais pas la moindre trace de lieu de production, de préparation ni même de pêche. Juste l’emballage. Est-ce que cela suffit d’être emballé au Canada pour être aussitôt un produit 100% canadien ? Je sais bien qu’en France la pluie qui tombe, drue, est 100% française. Les lacs belges ne se permettraient pas d’embuer notre beau ciel bleu avec quelques gouttes de leur eau sale. Étymologiquement “sale” ne voulant que dire “trouble”, je m’en voudrais d’insulter l’eau de nos voisins. Donc nos voisins gardent leur eau. Les voisins de nos voisins sont bien trop verts pour s’essayer à quelque nouvelle déclaration de guerre bio-polémique. Mais quand on arrive aux voisins des voisins des voisins, là on ne sait plus à quel saint se vouer. Eux, ils te nous envoient des nuages radioguidés et surtout radio-actifs qui détectent bien les frontières, mais s’en contrefichent comme de l’an quarante. Les météorologistes français sortent tous de leur bureau pour souffler bien fort en espérant endiguer la vague céleste, mais je ne suis pas sûr qu’ils soient tous fils d’Éole.

Donc j’ai fait de la confiture!

Le raccourci serait-il trop abrupt pour vos pauvres méninges surmenées par ma prose dévastatrice ? C’est évident : la confiture B**** M***** est elle réellement aussi française que son nom le laisse croire ? Est-ce qu’ils ont ramassé les fraises à la main dans le champ du voisin ? À l’époque de la traçabilité, peut-on retrouver la feuille qui a porté le fruit dont elle est issue ? Nos pires ennemis commerciaux ont-ils trouvé une autre astuce mesquine pour importer des fraises presque complètes ? Pire, est-ce qu’ils importent la confiture toute faite et qu’ils ne font que la mettre en petit pot chez nous pour la blanchir au même titre que leur argent sale ? Qui, dans ce cas-là, n’est plus trouble, mais proprement dégoûtant!

Non, cette fois, c’est décidé, je saurais ce dont j’oins mon croissant du samedi.

Je les ai achetées Québécoises, je les ai prises une à une, les ai lavées d’un effleurement Marie-Madeleinien, équeutées prestement, mais parcimonieusement, et finalement, je les ai inspectées avec circonspection pour ne garder que les meilleures. La matière première était à la hauteur de l’oeuvre finale. Quatre kilos de fraises de première qualité. Une nuit de macération pour en exprimer les arômes dans du sucre qui s’il n’est pas de mes cannes et lui, tout à fait, légitime.

Il y avait bien le problème de la bassine de cuisson. Je sais bien que les Atilas du soleil levant vous inondent à vil prix de Le Creuset de pacotille, mais je dois vous dire que la bassine en cuivre doit traverser l’océan à la rame pour finir ici à ce prix là. Il faut une seconde hypothèque domiciliaire pour faire les confitures dans le récipient idoine. Ou alors, à Villedieux les Poêles, ils ont abandonné le cuivre au profit de l’or en voyant débarquer les plagiaires au rond rouge et les mafieux aux célèbres outils. Alors pudding et fraises même combat ou plutôt même vaisseau.

Pour la recette, la Grande a consulté le ban et l’arrière-ban. La table était pleine de livres, publications, notes ancestrales, mais aussi lourde de pages web, de vidéos tubiques et autres recettes virtuelles. Le pire de tout ce fatras est la somme inimaginable de précisions que vous obtenez. La bonne vieille solution de la goutte de confiture sur une assiette n’est plus suffisante. Doit-elle figer instantanément, doit-elle être solidifiée après deux minutes au réfrigérateur, doit-elle épaissir si le verre a été préalablement refroidi, glacé, réfrigéré, rafraîchi, frigorifié ou gelé ? Vous n’y êtes pas du tout, elle doit avoir atteint la densité précise de 1,2964.  Vous ne saviez pas ça ? Mais tous les internautes semblent s’être donné le mot. Pi n’est plus. Le nombre d’or non plus. Maintenant le nombre qui est sur toutes les bouches, poisseuses ou non, c’est la densité précise de la confiture qui aura la consistance idéale pour prendre dans son pot.

Si vous n’êtes pas assez évolués technologiquement pour avoir sous la main, un densimètre à confiture, vous pouvez vous rabattre sur le thermomètre à sucre. À 105°, votre confiture est prête. Fini la cuisson à la nappe, au lissé, au petit cassé, au grand cassé, au petit boulé ou au grand soufflé. Fini la poésie des terminologies. Le violon ne produit plus de riches harmoniques, il ne produit plus que des bits, des octets et toujours pire, des gigas. La cuisine ne se mesure plus en terme de sensation sur les doigts, mais en degrés Brix ou sur l’échelle de Baumé. C’est de sa faute, à ce satané Baumé, qui était chimiste, mais dont le père était pâtissier, il a trahi la tradition familiale et nous en payons le prix.

Alors pas de bassine en cuivre, la cuisson au thermomètre, que va-t-il advenir de ma confiture. Est-ce que cela va finir en marmelade informe, inodore et sans saveur ? De la confiture pareille au vin californien. Du vin au goût synthétique pour ne pas choquer des palais qui n’en sont pas. Un Ritz sans cachet. Un édifice de stuc.

Mais non l’amour, toujours l’amour, les ions positifs de la passion familiale, l’ingrédient secret qui en fera pour tout l’hiver, un rayon de soleil venu du fond de l’été.

À table!

 

Fruits of the loom

Vous vous dites, cette fois-ci, on espère qu’il ne va pas encore nous parler de pêche. Eh bien non, je vais vous parler de pêche.

Je viens d’en manger une et elle était bonne!

Tout le monde semble s’accorder à dire que les fruits de nos ripailles ne sont pas bénis. Que les fruits ont un goût amer de l’exploitation des peuples, des vergers, des engrais et autres pesticides. Les fruits de cette union ressemblent à une version moderne de la très ancienne colonisation. Puisque l’immonde Chine vous a volé la production des biens matériels basiques, régalez-nous des fruits incestueux de vos déserts et de notre eau. Vous faisiez travailler vos enfants à vil prix, ils font travailler un peuple tout entier pour moins cher encore.

Ils ont bien essayé de nous faire avaler des citrouilles pour les lanternes, chinoises, mais n’ayant pas réussi à forcer la nature à accepter de la sciure de bois, voire de la sciure de mélamine, dans les pommes, ils ont abandonné. Ne vous croyez pas sauvés pour autant. Pour faire diversion, ils ont exporté la culture de leurs fruits confus sur notre sol bien aimé. Les kiwis et autres caramboles, carambouilles je dirais, mangoustan, kumquat, litchi, fruits de la passion, fruits exotiques s’il en est, sont enfantés dans notre glaise. Verdun ne les a pas arrêtés. Ils polluent notre boue de leurs fruits défendus. Mais tout ça, c’est pour cacher les fruits intestinaux du chat. Les fruits tropicaux estampillés “made in France” en caractères chinois, sont une diversion. Ils vous envoient leurs aulx géants gonflés à l’herbicide. Les consommateurs ne le savent pas. Toutes les jolies tresses d’ail de vos gondoles sont mandarines. Ce sont les fruits chevronnés par des mains pékinoises, jaunies sous le harnais. Sous le joug de leur mari, le matin, elles leur arrangent la bobine, et sous le caparaçon, bien plus lourd, de trapus magots magnats, elles vous tissent les condiments.

Pire encore, las d’essayer de nous faire avaler leurs tomates difformes des coups de pied au cul qu’ils distribuent à leurs exclaves, pire que les ex-esclaves. Ils nous les envoient en purée. Purée de nous autres! Une tomate fruit, ça devrait être fait de 100% de tomate. Le hamburger de McDo, c’est 100% du boeuf mais ce n’est pas 100% de la viande. Et bien la purée de tomate, ça n’a même pas besoin d’être 100% de tomates qui n’étaient plus à 100% elles-mêmes. Vos raviolis à la tomate, votre sauce tomate basilique, votre pistou de la mamma, ce ne sont que des ersatz de fruits bridés. On y arrivera! Soleil vert était prophétique! Nous finirons bien par nous bouffer les uns, les autres et je vous le prédis, il sera jaune, le fruit du soleil levant.

Ma pêche à chair blanche, pitié pas à chair jaune, elle était vraiment bonne. Goûteuse, juteuse, ferme sans être dure. Parfaite. J’en avais acheté quatre. Et c’est ça le problème. On en achète que quatre de peur qu’elles soient passables ou pire. Si elles sont bonnes, ce n’est pas la peine de courir en rechercher, ce ne sont déjà plus les mêmes. Mais non, je galèje, c’est le fruit de mon imagination débordée, les fruits vénéneux de multiples désillusions, les fruits amers de bouchées aléatoires, les fruits véreux d’orbes gâtés. On en trouve de bons fruits! Par exemple, de février à fin mars, il faut prendre les oranges navel, de début mars à mi-avril ce sont les jaffa, les meilleures. Les pommes Galas sont à leur summum de novembre à janvier. En juillet, le gros raisin blanc est succulent. Les poires ont du mal à mûrir, mais les Comices, pas agricoles celles-là, ne sont pas mal en octobre et les passe-crassanes en janvier.

Vous ne savez pas? Je vais faire une application pour iPhone qui va traquer les bonnes périodes. Chacun pourra dire: j’ai acheté des poires d’Anjou, des abricots d’Espagne ou du Mexique, les mangues du Brésil ou les ananas du Surinam aujourd’hui et ils sont bons! Oubliez les oranges à jus desséchées. Laissez moisir les fraises pleines d’eau.

Ce sera la révolution. Thermidor après Pluviôse. Messidor est venu, ce sont les beaux jours de Fructidor.

Achetez des fruits! Recommandez des fruits! Partagez le fruit de vos réflexions sur les fruits de vos étals! Tissez la toile des amateurs de fruits!

À table!

Je voulais vous parler de mon cerisier mais j'ai oublié...

Je voulais vous parler de mon cerisier mais j’ai oublié…

PS bon allez je vous le dis: “loom” veut dire “métier à tisser”. Donc métier à tisser et toile, toile et internet, vous voyez le chemin tortueux, les fruits du hazard des palpitations de mon cerveau débridé (sic). Et d’ailleurs, si vous vous souvenez, c’était une grande marque de vêtements et de sous-vêtements très confortables dont le logo était une coupe de fruits!

PPS alors j’ai utilisé le mot “fruit”, combien de fois? je n’ai pas peur des répétitions! 29 fois… et un petit “fruit” pour faire trente